Les hésitations, les questions que se posent chaque femme qui se sent délaissée par son compagnon, et puis une rencontre pour le moins inattendue qui me fait basculer dans le monde de l'adultère...
Délaissée… Délaissée et on ne peut plus frustrée ! Cela faisait plus d’un an que ma vie de femme était en jachère. En quatorze mois, Dimitri ne m’avait prise que trois fois. Oui, vous avez bien lu : trois fois ! Et autant dire que la doctrine voulant que ce qui est rare, est bon, ne s’applique absolument pas au sexe. Ces accouplements, je n’ai pas d’autres mots pour les caractériser, furent loin d’être mémorables. Pitoyables serait même plus juste.
Bien sûr, j’avais envisagé qu’il puisse avoir une liaison. Qu’il me trompe par exemple avec sa pétasse de collègue qui laissait éclater son rire de dindon à chaque fois que Dim sortait l’une de ses vannes pourries. Mais non… Vue la durée famélique de ses rares prestations entre mes cuisses, aucune n’ayant dépassé les cinq minutes, cela me paraissait très peu probable.
J’avais beau essayer de lui parler posément, de le provoquer, de lui pourrir la gueule et même de l’ignorer, rien n’y faisait. Il refusait de me dire la raison pour laquelle il ne me touchait plus. Y en avait-il une d’ailleurs ?
- C’est normal pour un couple qui est ensemble depuis plusieurs années, me répétait-il tel un disque rayé. Surtout quand on vient d’avoir un enfant.
Vous allez me dire que la réponse était là, que c’était juste moi qui ne voulais pas la voir car elle ne me convenait pas. Il s’agissait du syndrome bien connu de l’amante devenue mère. Celle que l’on ose plus toucher car elle a porté la vie. Eurêka ! Nous n’avions plus qu’à prendre rendez-vous chez un psy et tout allait rentrer dans l’ordre. Eh bien non, rien à voir… J’en arrivais à douter de moi-même et Servane, ma meilleure amie, n’avait de cesse d’essayer de me rassurer à ce sujet :
- Mais non Roxy ! Tu es toujours aussi belle ! Ton accouchement n’a rien changé, me répétait-elle à chaque fois que mon moral semblait décliner.
Belle, je ne sais pas, ce n’est pas vraiment à moi de juger, mais il est un fait que je ne me suis jamais sentie mal dans ma peau. Mise à part ma taille, 1m63, qui me complexe toujours un tant soit peu, le reste semblait avoir son succès. Cheveux mi-longs à longs d’une couleur qui varie selon mes humeur, je faisais un petit 54 kilos, ma gourmandise naturelle étant compensée par une pratique assidue du sport. Une quinzaine d’années de sports de combat et d’arts martiaux en tous genres me conféraient une souplesse à toute épreuve. Assez fière de mon 90c qui se portait (et se porte encore) très bien tout seul, je l’étais tout autant de mes fesses. Rondes et galbées, elles attiraient aisément les regards de la gent masculine. En résumé, il n’y avait aucune raison pour que l’un de ses spécimens partageant mon lit reste de marbre face à mes « charmes ».
- Aller ! Bouge ton cul meuf ! me motivai-je avant de me redresser et de me lever d’un bond décidé. Le taf ne va pas attendre que tu règles tes problèmes de couple !
Un café et une douche plus tard, je claquai la porte de l’appartement que nous avions non loin du cimetière du Père Lachaise. Un petit passage par la rue des Pyrénées, chez mon père, puis le quartier d’Opéra où était située l’agence de voyages pour laquelle je bossais. Profitant des bouchons inhérents à la vie parisienne et aux Grands Boulevards en particulier, j’envoyai un message à Servane :
> On dej ensemble ma chérie ?
La réponse ne se fit pas attente et m’arracha un sourire. Ma Basque adorée et moi étions sur la même longueur d’onde.
< C’était déjà prévu dans mon agenda de ministre ma belle. Au chinois à 13h00 ?
Je m’empressai de confirmer juste avant de pouvoir enfin passer la première et faire quelques mètres. Juste une dizaine, il ne fallait pas en demander trop d’un coup. Mal baisée, agacée par la circulation parisienne, j’étais passablement énervée en arrivant à l’agence. Heureusement, mes collègues et patron étant habitués à mon caractère, ils faisaient le plus souvent comme si de rien n’était. Généralement je me calmais aussi rapidement que j’étais montée dans les tours.
Happée par des rendez-vous qui s’enchainaient, je tirai un trait sur ma frustration matinale. Programmés la plupart depuis plusieurs jours, ils ne me laissaient pas le temps de gamberger, me faisant presque oublier jusqu’à l’existence de Dimitri. Ce d’autant que leur succès et les affaires florissantes qu’ils allaient générer me laissaient entrevoir quelques belles primes à venir. Du coup, ce fut avec un large sourire aux lèvres que je rejoignis Servane au restaurant chinois où nous avions nos habitudes.
- Waouh ! Ca a l’air d’aller mieux que ce matin, m’accueillit-elle déjà attablée devant le traditionnel cocktail de bienvenue. Tu t’es enfin décidée à mettre des cornes à ton crétin de mec ? C’est ça ?
Servane n’avait jamais eu sa langue dans sa poche et le prouvait une nouvelle fois à qui en doutait encore. Petite brune au caractère bien trempé, elle restait ma plus belle rencontre dans le milieu libertin avant que ma « nouvelle vie » m’en éloigne. De six ans mon ainée, je peux même dire qu’elle avait été mon initiatrice.
- Même pas ! rétorquai-je en prenant place en face d’elle. Heureusement que j’ai mon gode, sinon je risquerais de redevenir vierge.
Ma réponse lâchée à haute et intelligible voix m’attira les regards aussi surpris qu’amusés de la table voisine. Avec Servane, cela nous déclencha un fou rire qui mit un moment à s’estomper.
- Il faut croire que ma vie sexuelle intéresse tout le monde. Tout le monde sauf mon mec.
- Comme quoi il faut que tu changes de mec…
Servane n’avait jamais porté Dimitri dans son cœur, c’est le moins qu’on puisse dire. Elle ne se privait d’aucune occasion pour le rappeler d’ailleurs. Je pense qu’elle lui reprochait de m’avoir éloignée d’elle, en tout cas de la partie la plus intime de sa vie. Mariée à Christophe avec qui elle a deux enfants, deux garçons, Servane menait de concert sa vie sentimentale et une vie sexuelle débridée. Contrairement à Dimitri et moi, et ce malgré deux accouchements, la complicité existante entre elle et son homme ne s’était jamais émoussée. Mieux, elle s’était même renforcée au fil des années. Elle poursuivit sur le même ton :
- Il t’empêche de t’épanouir mais c’est parce que tu l’as décidé ainsi. Franchement, te connaissant depuis longtemps maintenant, je ne comprends pas que Dimitri ne soit pas déjà passé par la fenêtre.
- Je t’avouerais que parfois je ne me comprends pas moi-même…
L’arrivée de mon crabe farci et de ses crevettes sel-poivre nous interrompit quelques instants. Juste assez pour que Servane prépare l’argument suivant qui allait me renvoyer à tout ce que je manquais.
- Bon, sinon, quand est-ce qu’on se refait un club ? Juste toutes les deux. Entre filles. On laisse les mecs et on va se brouter le minou aux Chandelles. Tu me manques Roxy.
- Tu me manques aussi Serve, lui répondis-je avec la plus grande sincérité.
Et de rajouter sur un ton trahissant mes regrets :
- Cette vie me manque…
Deux heures plus tard, assise devant mon écran d’ordinateur à finaliser les contrats de réservations de la matinée, je ne cessais de repenser à la conversation que j’avais eue avec Servane. Ce n’était pas la première fois qu’elle m’avait exposé ces arguments chocs mais, allez savoir pourquoi, cette fois ils avaient fait mouche.
Je nous imaginais quelques années auparavant, alors que j’étais célibataire, au restaurant, dans la même situation. Si la table de droite avait semblé moyennement apprécier la teneur de notre échange et notre manque de discrétion, il en avait été tout autre pour celle de gauche qui s’en était amusé. Ayant remarqué leur attitude, un simple échange de regard avec Servane aurait suffi à lancer les hostilités et les deux jeunes cadres dynamiques bien propres sur eux nous auraient sûrement fait office de dessert à consommer sur place.
A l’évocation de ces souvenirs qui n’en étaient pas vraiment, sans m’en rendre compte, j’avais commencé à me dandiner sur ma chaise en serrant les jambes. Je sentais mes tétons pointer dans mon soutien-gorge en dentelles noires. C’est marrant comme dans ce genre de situation vous avez l’impression que tout le monde vous perce à jour. On revit à chaque fois le fameux rêve dans lequel on se retrouve nue en public, sur une scène ou dans la rue. Sauf que pour ma part, loin de me faire peur, ce genre de sensation m’avait toujours excitée.
D’un bond je me levai pour prendre la direction des toilettes. Bien que sa nature reste secrète, ma démarche plus qu’appuyée trahissait mon envie pressante de me « soulager ».
La pièce d’eau entièrement carrelée d’un dégradé de violet se composait de deux vasques noires faisant face à un duo de cabines que nous nous partagions, les douze employés plus le patron. Autrement dit, les embouteillages y étaient aussi fréquents que sur les maréchaux un vendredi soir. Surtout au retour des pauses déjeuner de l’équipe.
Heureusement la chance semblait être avec moi alors que j’ouvris énergiquement, le mot est faible, la porte d’entrée. Seule Clara, la secrétaire de direction, occupait les lieux.
- Eh ben Roxanne, ricana-t-elle en se séchant les mains dans la machine destinée à cet usage. C’est si pressant que ça ?
- Ouais, ouais… Tu ne peux pas savoir à quel point, confirmai-je sans plus la calculer.
Je choisis la première cabine qui s’offrit à moi. En deux temps, trois mouvements, je me retrouvai avec le jean sur les chevilles et la culotte enroulée sur les cuisses. J’avais oublié de fermer le loquet de la porte… Trop tard ! Majeur et annulaire étaient déjà enfoncés bien profondément dans ma chatte. Motivés par mon esprit mettant au goût du jour les souvenirs salaces de ma vie d’avant, ils allaient et venaient avec frénésie en moi.
Clara était peut-être encore derrière la porte à se demander ce que je pouvais bien faire, mais je m’en foutais. Mon besoin de jouir était le plus fort. De toute manière mes gémissements et soupirs lâchés sans la moindre retenue ne laissaient planer aucun doute sur la nature de mes activités de l’instant.
J’étais sur le point de décoller. Par précaution je posai mes fesses sur la cuvette histoire de ne pas y laisser une cheville sous la force de l’orgasme à venir. C’est le risque avec des talons aiguilles. Mon corps tout entier fut bientôt prit de violentes contractions musculaires. Par réflexe, mes cuisses se refermèrent sur ma main alors qu’un puissant orgasme m’emportait loin de ce monde de frustrations.
Un monde que je retrouvai malheureusement bien vite tandis que je reprenais mon souffle tout en me rhabillant doucement. La vague de plaisir qui m’avait faite chavirer il y a quelques instants fut vite remplacée par un ouragan de lassitude. En voyant mon reflet s’étaler dans le miroir surplombant les vasques, je faillis me mettre à pleurer. Les yeux embrumés, la colère, voire la rage prirent le dssus.
- Pauvre conne ! lâchai-je à l’intention de mon reflet. Regarde-toi en train de te lamenter sur ton sort. Tu es la seule responsable de ta vie de merde.
C’est au moment où je m’assenai une gifle retentissante en guise de conclusion à mon auto-critique que Clara refit son apparition dans les toilettes.
- Heu… Désolée… J’ai oublié ma montre en me lavant les mains, s’excusa-t-elle avec un air sidéré.
- Oui, tiens, fis-je en lui tendant l’objet récupéré sur la faïence.
- Merci Roxanne. T’es… T’es sûre que ça va ?
- On ne peut mieux ma belle. Rien de tel qu’une bonne baffe pour se remettre les idées en place !
Elle me regarda sortir en se disant sûrement que j’étais complètement tarée. Ce qui n’était d’ailleurs pas forcément dénué de sens. Mais j’étais surtout revigorée par la résolution que je venais de prendre et qui me permettrait, j’en étais persuadée, de ne plus jamais avoir à affronter mon reflet dans ce qu’il avait de plus pathétique.
Le lendemain, presque apaisée par la promesse que je m’étais faite de reprendre le contrôle de ma vie, me voilà en pleine déambulation, le sourire aux lèvres, en direction de la place de Grands Hommes. Le casque sur les oreilles, je profitai des dernières notes de « Bobby Jean » de Springsteen, quand j’entendis hurler mon prénom.
- Roxanne ! Hey Roxaaaannne !
Qui osait mêler ses hurlements aux riffs de guitare de Stevie Van Zandt et de Niels Lofgren ? Marquant un temps d’arrêt, je cherchai d’un regard curieux l’origine de cet hameçonnage verbal quand je vis un homme faire un geste de la main. De l’autre côté de la rue Saint Jacques, à hauteur de l’institut océanographique, il pressa le pas dans ma direction, forçant les voitures à s’arrêter.
- Roxanne Obrenovic… Je n’en reviens pas ! s’exclama-t-il une fois devant moi.
J’essayai tant bien que mal de mettre un nom sur la personne me faisant face, mais rien. Impossible !
- Je sais que j’ai beaucoup changé mais quand même, fit-il en constatant qu’à l’évidence je ne le reconnaissais pas. Tu ne me remets pas du tout ?
Intérieurement je me demandais s’il allait continuer longtemps à me poser des questions à la con ou s’il allait se décider à éclairer ma lanterne désespérément éteinte. Je ne laissais rien paraitre de mon agacement naissant. Au contraire, l’air enjoué, je faisais mine de rentrer dans son jeu. Quelle actrice !
- Alex… Alexandre Mercier. On était en première et en terminale ensembles. Ca ne fait pourtant pas si longtemps que ça, insistait-il, peinant de plus en plus à cacher sa déception.
Un éclair de surprise dans mon regard lui fit comprendre que je venais enfin de percuter. Bien sûr que je me souvenais d’Alexandre Mercier mais… Ce n’était pas la personne que j’avais devant moi. Pas possible ! Malgré les quelques années écoulées, le changement ne pouvait être aussi radical.
Devant mon évidente stupéfaction, un rictus de fierté se dessina sur son visage. Et il avait de quoi l’être à priori. Le premier de la classe inintéressant au possible avait laissé la place à un beau gosse à l’allure sportive et au costard italien taillé sur mesure.
- Où sont passés tes vingt kilos de trop, tes lunettes de grand père et tes fringues de premier communiant ? m’enquérais-je en ricanant.
- Toujours autant de tact, je vois ! Les lunettes ont laissé place à des lentilles, la surcharge pondérale abandonnée sur le tapis de course de la salle où j’ai un abonnement, quant à mes célèbres tenues vestimentaires, elles n’ont pas survécu aux critiques de ma femme…
Alex, le cul béni, était marié en plus. Moi qui aurais mis ma main au feu sur le fait qu’il finirait vieux garçon. Limite à tenir le premier rôle du remake de « 40 ans et toujours puceau ».
A ma décharge, il partait de loin. Cadet d’une famille qui se revendiquait haut et fort comme ultra catho, je me revoyais encore planquer des magazines de cul dans son énorme cartable en cuir histoire que sa mère les trouve. Avec Valérie, ma meilleure copine de l’époque et notre petite bande de cas sociaux, nous étions persuadées que la chère maman d’Alexandre préparait les affaires du fils prodigue chaque matin. On aurait payé cher pour voir sa tête devant le numéro de janvier de « Hot Video ». Oui, je l’avoue, nous étions un peu salopes sur les bords.
- En tout cas tu n’as pas changé Roxanne. Tu es toujours aussi belle.
Le compliment d’Alex me sortit de mon état de léthargie momentanée.
- Mer… Merci, répondis-je d’un pitoyable bégaiement.
- T’as le temps de boire un café ? On a tellement de chose à se raconter.
- Ca aurait été avec plaisir mais là je ne peux vraiment pas, refusai-je à regret. J’ai un rendez-vous professionnel.
- Pas de problème, je comprends.
Alexandre semblait sur le point d’en rester là, interprétant peut-être mon refus comme un façon polie de lui mettre un vent. Pourtant, même s’il était clair que durant nos années lycéennes, nous n’étions pas les meilleurs amis du monde, cela n’avait nullement été mon intention. Bien au contraire, j’étais curieuse d’en savoir plus sur cette spectaculaire évolution. Je repris alors le contrôle des opérations :
- Par contre on peut s’échanger nos numéros si ça te dit ? Comme ça on essaye de se capter dès qu’on peut.
Alex accepta volontiers et nous repartîmes bientôt chacun de notre côté. Mon rendez-vous au centre culturel irlandais se passa on ne peut mieux. Renseignements pris sur les étapes de notre nouvelle offre de road trip sur l’île d’émeraude, je jetai un œil sur mon portable pour prendre connaissance de mes messages en attente.
Six SMS reçus pendant mon entretien avec le directeur du centre. Le premier de mon patron m’informant d’une réunion le lendemain matin, un autre me proposant des réductions de « folie » chez Zara, un de ma sœur et un autre de Servane, un de Dimitri qui n’avait pas plus d’intérêt que sa conversation habituelle et, au milieu de tout ça, un d’Alexandre.
< Salut Roxanne. Un petit message écrit pour ne pas te déranger mais je tenais à te dire à quel point cela m’a fait plaisir de te revoir. N’hésite pas à m’appeler quand tu veux…
Etait-ce ma situation qui me poussait à surinterpréter chaque signe comme un signe de drague ? Je ne savais pas, mais les trois petits points à la fin de son message agirent comme tel.
Malgré ma décision de la veille de ne plus mettre entre parenthèses ma vie de femme, je ne m’attendais pas à être aussi vite mise au pied du mur. Pas avec un homme en tout cas. Les quelques opportunités que j’avais eu ces derniers mois ne m’avaient pas motivée au point d’avoir raison de mes ultimes bribes de culpabilité à l’idée de tromper Dimitri. Allait-il en être de même encore une fois alors que je m’étais jurée du contraire quelques heures plus tôt ? A moins que je me plante carrément sur ses intentions. Après tout, lui non plus n’étais pas libre. Décidément, il fallait vraiment que j’arrête de me prendre la tête !
> Pas de souci Alex. Tu ne me déranges pas. Cela m’a fait plaisir à moi aussi. Je ne sais pas si tu serais dispo mais je termine à 18h. Si ça te dit de boire un verre.
Je n’eus même pas le temps de regretter mon envoi que la notification d’une réponse illumina l’écran de mon téléphone.
< Même si je ne l’avais pas été, je me serais libéré… Dis-moi où on se retrouve et j’y serai à 18h30.
L’éventualité que je me fasse de fausses idées venait de prendre un sérieux coup de pelle. Cela m’arracha un large sourire alors que je m’installais au volant de ma Clio violette.
A 18h30 pétante je franchis la porte du Murphy’s House. Alexandre était déjà là. Il avait pris une table au fond de la salle, un peu à l’écart de la foule et du brouhaha générés par la sortie des bureaux. M’accueillant avec un large sourire aux lèvres, il se leva pour me claquer la bise. Je fus presque surprise qu’il prenne cette initiative.
- Ton message m’a un peu surpris mais il m’a fait trop plaisir, me dit Alex en m’invitant à m’asseoir place en face de lui. Qu’est-ce que tu prends ?
- Une Kriek cerise pour commencer. J’ai trop soif !
- Pour commencer ? J’aime bien cette précision…
Le clin d’œil que m’adressa Alexandre annonçait le début d’un jeu de séduction dont l’issue semblait inéluctable.
- Alors qu’est devenue celle qui m’a martyrisé pendant quasiment deux ans ? Je veux tout savoir. Raconte-moi !
Au moins l’abcès était crevé. Alex me faisait comprendre par ce petit pic qu’il ne me tenait pas rigueur de ce que nous avions pu lui faire subir à l’époque. J’avoue que cela me soulageait.
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Sans me conformer à tout prix à la chronologie parfaite de mes années post baccalauréat, je lui narrais le plus fidèlement possible les évènements ayant jalonnée mon existence. Semblant décontenancé alors que j’évoquais ma récente grossesse, mon interlocuteur retrouva un certain entrain tandis que je tempérais mon bonheur avec le récit de mes problèmes de couple. Il faut dire que la deuxième tournée de bière arrivant déjà à notre table, les inhibitions se faisaient de plus en plus minces.
Puis ce fut au tour d’Alexandre de me décrire une à une les étapes de sa métamorphose. Et dès le début ma surprise fut totale. Elève brillant pour qui un seize sur vingt était un échec cuisant, il n’avait même pas été à la fac. Lui que tout destinait à de brillantes études s’était contenté d’une de ces écoles de commerce bidon où l’obtention du diplôme dépend du prix que tu y mets. J’essayai bien de connaître les raisons d’un tel revirement mais, voyant le visage d’Alex se crisper, je compris qu’il était préférable d’éviter le sujet. Il me concéda juste que ce qui lui était arrivé lui avait fait envisager la vie d’une toute autre manière. Ses certitudes avaient volé en éclat en même temps que ses priorités avaient changées.
S’en était suivit la rencontre avec celle qui allait devenir sa femme et lui donner un fils qui venait d’avoir deux ans. Cela lui avait même ouvert les portes d’une carrière de commercial dans l’entreprise de beau-papa. Une société qui fabriquait des composants électroniques pour l’industrie automobile et qui était située à… Bordeaux !
- Ah mais tu ne vis plus à Paris ? fis-je d’un air incrédule. Notre rencontre de ce matin est vraiment incroyable alors.
- Et non ! Je suis devenu un pur provincial.
Cette information jeta un léger froid. Allez savoir pourquoi, j’avais pris comme acquit le fait qu’il habitait encore la capitale. C’est marrant ces films qu’on peut se faire sans raison parfois.
- Mais je monte souvent sur Paris pour le boulot, s’empressa de rajouter Alexandre qui avait perçu mon léger malaise.
J’accueillis cette précision avec un petit sourire emplit de sous-entendus. Une attitude qui allait faire basculer notre face à face dans une dimension plus intimiste.
- Je peux te poser une question indiscrète Roxanne ?
- Tu peux toujours essayer. On verra si je daigne répondre…
Nous restâmes un moment silencieux à nous provoquer à coups de regards de plus en plus brillants.
- Mr Jamin… Tu te l’ais tapé ?
- Haha ! La fameuse rumeur… D’après toi ?
Alex réfléchit avant d’oser une réponse. Avais-je couché avec ce vieux libidineux de prof de maths en première ? C’était ce que les bruits de couloir avaient laissé entendre en tout cas.
- Je dirais que non… Par contre je t’imagine bien avoir lancé toi-même cette rumeur, ricana-t-il.
- Pourquoi aurais-je fait ça ? Ma réputation n’était plus à faire, soufflai-je en me penchant pour me rapprocher d’Alex.
Il en fit de même avant de surenchérir de manière encore plus provocatrice :
- C’est vrai que tu es la célèbre Roxanne. L’intrépide Roxanne qui faisait des fellations à ses petits copains au fond de la classe, en plein cour d’espagnol.
- Mais dis donc… Nous n’étions pas dans la même classe à cette période, affirmai-je sur un ton faussement courroucé. Je vais finir par croire que je t’avais déjà tapé dans l’œil et que je ne te laissais pas indifférent.
- Et tu ne me laisses toujours pas indifférent, corrigea Alex qui ne s’était pas privé de saisir la perche tendue.
Nous y étions. La croisée des chemins. Mes prochaines paroles allaient décider de la suite de la soirée. Peut-être même plus. Me connaissant, je savais qu’une fois lâchée sur la voie sinueuse de l’adultère, plus question de faire machine arrière. Je devais peser une dernière fois le pour et le contre, ceci en quelques secondes.
- Attention, fis-je en avançant lentement ma main sur la table, je pourrais prendre ça pour une avance.
- Et tu ferais quoi si c’en était une ?
- Si on m’avait dit un jour que je me retrouverais dans cette situation avec Alexandre Mercier, soufflai-je pour accorder encore à mon cerveau bouillonnant un répit avant de se décider.
- Cela ne répond pas à la question, m’accula mon possible futur amant.
- Puisque je dois forcément réponde…
Volontairement je laissai un blanc en suspend tandis que je m’avançais jusqu’à ce que nos visages se retrouvent à une dizaine de centimètres l’un de l’autre. Cela ajouta à la tension qui avait envahi notre petite bulle. Dans le même mouvement, ma main était venue se glisser sous la sienne. Nos doigts s’entrelacèrent presque naturellement. Il était temps de finir ma phrase :
- Je te demanderais à quel hôtel tu es descendu.
- Et je te dirais que je ne suis pas loin de là où nous nous sommes croisés ce matin.
Alexandre combla la faible distance qui nous séparait encore. Nos lèvres s’effleurèrent. Une fois, puis une autre. Ce petit jeu nous provoqua quelques rires nerveux qui mirent un frein à l’élan que nous avions amorcé.
- Alors, tu hésites ? soupirai-je avec une pointe de défi dans la voix. On peut encore faire machine arrière.
Sans dire un mot, Alex se leva de sa chaise. Après un bref passage par le bar, il prit la direction des toilettes d’où il ressortit aussitôt.
- C’est réglé, m’annonça-t-il tout en prenant sa veste. On y va ?
- Heu… Oui… Je te suis.
- Il faut qu’on passe à une pharmacie. Je voulais te déposer un préservatif sur la table et te demander si ça répondait à ton inquiétude quant à ma possible hésitation, mais le distributeur des toilettes est hors service.
J’explosai de rire ! Son humour prompt à dédramatiser ce que nous étions sur le point de faire termina de me libérer. Aussi, dès la porte du pub franchit, je pivotai sur moi-même afin de lui faire face et lui lançai d’un regard brûlant :
- Qu’est-ce que tu attends pour m’embrasser alors ?
Alexandre m’attira à lui. Cette fois-ci nos bouches ne marquèrent aucun temps d’arrêt avant de se lancer dans une conquête mutuelle. Notre langoureux baiser dériva rapidement en une séance de pelotage en règle faisant fi des personnes qui entraient et sortaient du bar. Il avait les mains sur mes fesses protégées par mon jean, j’avais les miennes sous sa chemise, au contact direct de sa peau.
Je ne pensais plus à Dimitri, plus à cette culpabilité tenace à l’idée d’emprunter le chemin de l’adultère ; plus à rien d’autre qu’à ma vie de femme reprenant enfin ses droits. J’avais juste envie de cet homme qui m’embrassait avec passion et que je sentais bander contre mon ventre.
- On y va mon chat ? Je ne voudrais pas que tu te répandes en pleine rue.
- Je… Je risque de ne pas être brillant la… La première fois, balbutia Alex avec une certaine gêne. Je… C’est la première fois que…
Je posai délicatement mon index sur ses lèvres, l’invitant à se taire. Il avait eu la bonne idée de se garer dans le parking souterrain des Galeries Lafayette et non dans la rue. Il y avait bien du passage mais beaucoup moins que si nous étions à la surface. Du coup, dès qu’Alexandre me rejoignit dans sa voiture, une Peugeot 408 verte si ma mémoire ne me fait pas défaut, je me penchai sur lui avant qu’il n’ait eu le temps de mettre sa ceinture. Nos langues se remirent à jouer ensemble pendant que mes doigts agiles s’attaquaient à la braguette de son pantalon de costume noir. Elle ne me résista pas longtemps.
- Qu… Qu’est-ce… Qu’est-ce que tu fais ?
- Laisse-toi aller mon chat. Pas besoin de capote pour ça…
Il était tellement excité que je crus qu’il allait succomber dès que ma main commença à le masturber.
- Je… On… Ma femme ne m’a jamais sucé…
Me retenant de rire au risque de briser l’intensité du moment, je me dis que je retrouvais bien le souffre-douleur de mes années à Hélène Boucher. J’allais être la première à lui faire découvrir les plaisirs de la fellation et cette pensée décupla mon état d’excitation. J’essayai de faire œuvre de douceur. Cela n’allait pas durer longtemps, je le savais, mais je voulais que ma bouche lui laisse un souvenir impérissable.
- Mon dieu ! Rox… Roxanne… Ca vient ! ahana mon amant qui essayait autant que possible de se retenir pour me laisse l’occasion de me retirer.
Peine perdue. Je n’en avais aucune intention et le lui fis comprendre d’un avant-bras décidé qui l’obligea à se caler dans son fauteuil. La pointe de ma langue venant titiller son frein l’acheva. Ma « victime » s’avoua bientôt vaincue et s’abandonna dans ma bouche. J’avalai avec gourmandise et abnégation chacune des giclées de sperme chaud qui s’abattaient en rythme sur mon palais. Un régal oublié depuis trop longtemps ! La source bientôt tarie, je me redressai, fière de mon effet, m’adossant à mon tour dans mon siège.
- Voilà ! lançai-je en souriant. Le temps qu’on arrive à l’hôtel, tu auras retrouvé la grande forme.
Alexandre me regardait avec un air ahuri. Il devait se demander sur qui il avait bien pu tomber. Il était tellement perturbé qu’il oublia de ranger l’objet du délit (ou du délire…) dans son pantalon, ne s’en rendant compte qu’une fois arrivés, au moment de descendre de voiture. Je l’avais vu mais ne lui avait rien dit, ce qui nous valut un fou rire d’anthologie qui fit encore grandir notre complicité toute nouvelle.
- Range l’engin, ça ne serait pas le moment qu’il prenne froid, me moquai-je gentiment en m’éloignant de quelques pas. Je reviens, j’ai vu une pharmacie avec un distributeur de préservatifs.
Arrivée devant la machine, j’optai pour une boite de six. Il valait mieux en avoir trop que pas assez, me dis-je en souriant béatement. Avant de revenir vers Alexandre, j’eus une pensée pour Dimitri. Pas de celles susceptibles de me faire changer d’avis. Au contraire, je tenais à m’assurer qu’il ne vienne pas me saouler pendant que j’étais en train de prendre mon pied.
- Excuse-moi quelques minutes Alex. Je vais appeler mon mec histoire qu’il ne nous dérange pas, l’avertis-je en espérant que cette précaution ne plombe pas l’ambiance joviale de la soirée. Après je suis toute à toi…
- J’y compte bien. Je vais en profiter pour en faire de même avec ma femme. Si je ne lui téléphone pas tous les soirs, elle s’inquiète.
Qu’elle ne se fasse aucun souci surtout. J’allais bien prendre soin de son mari !