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Chroniques libertines

Chroniques libertines

Le journal libertin d'amants passionnés...


Chap. 7 : Second life

Publié par Miss Roxy sur 18 Janvier 2026, 19:24pm

Univers virtuel dans lequel on évolue grâce à un avatar, Second Life peut devenir vite très addictif. On adore ou on déteste, il n'y a pas de juste milieu. Mais si tu aimes, attention, car tous les sentiments sont exacerbés. Et pour peu que ta vie sentimentale soit compliquée, une rencontre dans Second Life risque de se transformer en liaison virtuelle passionnelle. C'est ce qui m'est arrivée. Jusqu'au jour où j'ai voulu que le virtuel devienne réel...

Passer du rêve à la réalité est une expression bien connue qui allait prendre tout son sens dans une trentaine de minutes. Sur le parvis de la gare de Lyon j'allais enfin pouvoir mettre un visage sur un nom, ou plutôt sur un pseudo : Athena Iramesius.

Il ne s'agissait pas du sobriquet d'un quelconque gourou autoproclamé d'une secte prônant l'amour libre et survivant grâce à l'élevage de chèvres, mais du pseudo d'un avatar pixelisé dont j'avais fait la connaissance quelques mois plus tôt sur Second Life. Univers virtuel précurseur de ce que l'on appellera bientôt le Metaverse, Second Life est un simulateur de vies alternatives qui permet d'interagir avec des utilisateurs du monde entier.

En geek invétérée, c'est ma sœur qui me fit découvrir les infinies possibilités de ce que je considérais personnellement comme un jeu. Cette version beaucoup plus développée et interactive des célèbres Sims, j'en devins pourtant très vite accro. Au point de claquer pas mal de fric dans l'amélioration de mon personnage. Au départ il suffit juste de se créer un compte, de télécharger un petit logiciel et de sélectionner un avatar parmi plusieurs choix pour découvrir ce nouvel univers. Tout est gratuit ! Sauf que tu as l'apparence de ce que les initiés appellent, pour caractériser le nouvel arrivant lambda, un « noob ». C'est un peu comme si tu débarquais à un rassemblement de Ferrari au volant d'une voiture à pédales : cherchez l'intrus ! Du coup, soit tu abandonnes, soit tu investis dans des améliorations qui peuvent vite faire grimper la note. C'est très addictif.

Une fois tombée dans le piège de ce « jeu », comme je l'ai dit plus haut, les possibilités sont quasi infinies. J'en connais même qui gagnent très bien leur vie en évoluant dans cet univers comme dans une vie parallèle. Pour eux, Second Life porte idéalement son nom. Création et vente de vêtements, de bijoux, d'accessoires, construction de maisons, aménagement de terrain, organisation d'événements et j'en passe... Des partis politiques, des ONG et même des organisations criminelles réelles ont leurs antennes dans Second Life. Quand on y réfléchit c'est un truc de fou ! Il me faudrait des pages entières pour décrire les opportunités offertes par ce monde pas si virtuel qu’il en a l’air. Mais ce n'est pas l'objet de ce récit.

Pour ma part, c'est toujours resté un loisir, coûteux certes, mais un loisir. Et dans cette perspective, pour ne pas changer, le sexe y a toujours tenu une part primordiale. Basé sur la technique du roleplay écrit, il a guidé l'évolution de Roxy'O, mon avatar, en alliant ma passion pour la langue de Molière et celle des plaisirs de la chair. Strip-teaseuse ou actrice porno, maîtresse tyrannique ou soumise docile, escorte de luxe ou simple pute de trottoir, j'ai testé à plus ou moins longues échéances toutes les « carrières » imaginables dans le milieu du sexe virtuel. Cela ne m'a pas permis ne serait-ce que d'équilibrer mes dépenses mais, à défaut, cela m'a offert de délicieux moments d'extase solitaire.

Je ne saurais dire si ma Second Life fut une bouée salvatrice qui combla une partie de ma frustration ou si, au contraire, elle fut un boulet qui m'empêcha d'évoluer, mais elle m'accompagna tout au long de ma traversée du désert. Cet univers de pixel était mon jardin secret dont seule ma sœur connaissait l'existence. A cette période, même Servane et Sonia, une autre de mes amies les plus proches, ignoraient cet aspect de ma vie. C'était un refuge où je n'avais de compte à rendre à personne, un exutoire au sein duquel je laissais libre court à tous mes fantasmes.

Chaque roleplay était prétexte à une séance d'onanisme. Il m'arrivait parfois de m'y adonner au bureau, alors que je profitais du moindre de mes moments de liberté pour me connecter. Je ne me fis jamais gauler, en tout cas pas à ma connaissance, et pas à la période dont je vous parle. Le danger que cela se produise devint même un jeu dont je tirais une profonde excitation.

La plupart de mes expériences masturbatoires avaient cependant lieu à la maison. Dans la chambre, quand Dimitri squattait le salon ou dans le salon quand le pauvre chou, épuisé de ses journées à ne rien foutre, allait se coucher. Doigts, godes, légumes ou autres objets de formes phalliques détournés à des fins sexuelles, tout y passait. Je n'ai jamais consommé autant de concombres, de bananes et de courgettes qu'à cette époque.

C'est alors qu'un soir où je faisais la DJ dans un club lesbien axé sur le BDSM, je fus abordée par un avatar aussi sophistiqué que le mien. Que ce soit dans le monde réel ou virtuel, il est toujours agréable de voir une personne qui sait prendre soin d'elle, de son apparence. Même pour son propre égo il est valorisant d'attirer l'attention de tels individus.

Outre le tchat public sur lequel j'animais la soirée, j'avais plusieurs fenêtres de discussions privées qui clignotaient. Le thème de mon set étant, comme souvent, le rock, la plupart de mes contacts me demandaient tantôt de lancer une chanson particulière, tantôt de faire une dédicace à leur copine ou partenaire d'une nuit. Et lorsqu'une énième sonnerie m'indiqua l'arrivée d'un nouveau message, je me dis que j'allais devoir décliner poliment la requête à venir. Mais en l'occurrence ce n'en était pas une :

< Tu sais que depuis tout à l'heure j'écoute religieusement chaque chanson que tu passes en t'imaginant nue derrière ton ordinateur. Ton avatar est très inspirant...

Athena Iramius. Ce pseudo ne me disait rien. Même pas un simple « bonjour » qui plus est, et encore moins un « désolée de te déranger pendant ton set ». Habituellement je l'aurais envoyé chier avec tout le tact qui me caractérise mais, je ne sais pas pourquoi, je n'en fis rien. Sa manière de m'aborder aurait pu sembler maladroite, mais elle dégageait en fait une assurance qui éveilla ma curiosité. Je décidai de rentrer dans son jeu :

> Et tu imagines souvent les gens que tu croises à poil quand tu les abordes ?

< Seulement ceux qui me plaisent ma belle.

> Carrément ?

< Tu sais, tout le monde peut se payer un sublime avatar, c'est juste une question de fric. Mais un profil bien écrit, provocant sans être vulgaire, qui montre sans nul doute possible que son auteur à une culture et une imagination incroyable, cela ne s'achète pas. C'est même très rare en ce monde de pixels.

> Merci de ce compliment qui me va droit au cœur.

< S'il pouvait faire un passage dans ta culotte avant d'atteindre ton cœur ça ne me déplairait pas...

Le dernier message d'Athena me fit rater un fondu entre deux morceaux, ce qui me valut quelques moqueries sur le tchat public. Pas grave, ma concentration était déjà acquise à ma nouvelle interlocutrice privée.

> Ma culotte ? Je croyais que tu m'imaginais nue ? Il faudrait savoir, rétorquai-je, m'amusant à relever sa contradiction.

< C'est le principe de l'imagination ma belle. Tout peut évoluer très vite au gré des fantasmes.

> Et donc ton fantasme actuellement est de me voir avec une culotte. Intéressant... Mais encore ?

< Que tu te caresses longuement à travers, sans la retirer, et qu'au bord de l'orgasme tu la retires pour me la donner. Je m'enivrerais alors de l'odeur de ton excitation et seulement après, peut-être, je t'autoriserais à te faire jouir.

Après cela, la suite de ma performance musicale fut très compliquée. Happée par la joute verbale qui s'installait avec Athena, je multipliai les accros et les enchainements bâclés. Heureusement que la proprio du club était une amie. Betty, me connaissant parfaitement, se doutait un minimum de l'origine de mon trouble. Elle en tirait même un amusement certain.

Le thème de mon set étant le rock dans sa version live, j'optai pour un bon vieux "Stairway to heaven" de Led Zep. Ce choix allait me laisser huit bonnes minutes de tranquillité. D'autant que sur la seconde platine, prêt à être lancé à la fin du morceau, Pink Floyd et son célèbre "Another brick in the wall" allait m'en offrir une bonne dizaine de plus.

> Tu m'autoriserais à jouir ? repris-je aussitôt après avoir balancé le son. Merci de ta sollicitude.

< Ah oui... Je ne t'ai pas précisé au fait. Dans mon fantasme tu es à moi, tu m'obéis.

> Rien que ça... Tu m'en diras tant.

< C'est toi sur ta photo de profil 1st life ?

Le profil sur Second Life est divisé en plusieurs parties. Je n'ai pas le logiciel sous les yeux actuellement mais, si je ne me trompe pas, il y en a cinq. Les trois principaux onglets étant la présentation de ta 2nd life avec photo de ton avatar et texte de présentation, les favoris qui te permettent de détailler tout ce qui fait ton univers virtuel ou réel et, en dernier, celui réservé à la 1st life. Très limitée, elle te permet juste deux ou trois lignes et, éventuellement, de mettre une photo de toi. Tout le monde ne le fait pas. Beaucoup préfèrent différencier totalement les deux mondes, comme Athena d'ailleurs, mais ce n'était pas mon cas.

> Ben j'aurais bien mis la photo de ma voisine mais elle n’est pas loin du quintal et est sûrement une descendante directe de la femme à barbe. Du coup, je me suis rabattue sur moi.

< Très belle du coup et en plus j'adore ta répartie.

Athena semblait faire partie de celles qui séparent les deux univers car, si la bio de sa vie slienne était on ne plus détaillée, rien sur sa vie réelle. C'est un choix que je me promettais de respecter de manière générale mais, ce soir-là, j'eus envie de tenter ma chance afin d’en découvrir plus.

> Merci pour le compliment... Tu me troubles. A mon tour de t'imaginer nue, en train de te caresser en pensant à moi.

< Ca t'exciterait si c'était le cas ? A moins que tu ne le sois déjà...

Sa présentation ne mentait pas, Athena était une dominatrice. Elle savait parfaitement reprendre le contrôle d'un échange sur le point de lui échapper. Surtout que mon désir de succomber à ses attentes lui facilitait la tâche.

> On va dire qu'il est temps que mon set se termine au risque de multiplier les enchaînements foirés.

< Tu as l'intention de ta caresser après ?

Une question directe qui appela une réponse qui le fut tout autant :

> Oui...

< Je t'imagine volontiers nue mais comment es-tu habillée réellement ?

> Débardeur rose, short en coton blanc et un string couleur chair. Vu la chaleur ambiante c'est plus que suffisant.

< C'est clair, me confirma mon interlocutrice qui installait peu à peu son emprise sur notre échange. Caresse-toi par-dessus ton short jusqu'à la fin du morceau. Et appui bien...

Je n'avais pas donné mon accord à ce genre de jeu et pourtant je me fis un devoir de répondre favorablement à son ordre. Car cela en était bien un.

> Tant que tu ne me demandes pas de t'appeler Maitresse, la prévins-je alors que mes doigts joints et bien à plat entamèrent leurs mouvements circulaires entre mes jambes, faisant presque pénétrer le tissu de mon string entre mes lèvres.

< Je te sens plus intelligente et avec plus de caractère que toutes ces pétasses qui se mettent à genoux devant n'importe qui. Tu me décevrais en m'appelant ainsi. Ca serait tellement réducteur.

Sur ce point aussi nous semblions sur la même longueur d'onde. La relation de domination et soumission est tellement plus complexe que l'attribution de sobriquets bidons.

< Combien de temps avant la fin du morceau ? me demanda Athena.

> Cinquante-deux secondes.

< Dans quel état es-tu ?

> En chaleur ! Et pas uniquement à cause de la température ambiante.

< Parfait ma belle... Dès le début de la prochaine chanson tu retires ta culotte et tu la portes à ton nez. Je veux que tu me décrives ce que tu sens, si tu mouilles.

Comme hypnotisée par cette presque inconnue qui tentait de faire de moi le jouet de ses fantasmes, j'obéis une nouvelle fois. Mon excitation avait commencé à imprégner l'entrejambe de mon string et l'odeur qui s'en dégageait ne fit que le confirmer.

> Je suis trempée, me contentai-je d'écrire, ce qui déplut fortement à Athena.

< Tu crois que je vais me contenter d'un simple : « Je suis trempée ? ». Je m'attends à beaucoup mieux de ta part.

Elle n'attendait pas à ce que je me confonde en excuses et cela tombait bien car ce n’est pas du tout mon caractère. Athena me laissa quelques instants sans nouvelles. C'est con à dire pour un jeu, mais cela me parut durer une éternité.

< Je mérite plus d'abnégation de ta part et toi une punition exemplaire. Et pour te racheter, je te laisse en décider. Surprends-moi !

Prise au jeu de la soumission psychologique plus que physique, vu l'écran qui nous séparait, je ne me voyais pas faire autre chose que de continuer à obéir. Elle était très douée ! La preuve étant qu'elle avait réussi à faire en sorte que la punition ultime aurait été son départ, et ça je ne voulais l'envisager. Mon cerveau se mit donc à bouillir autant que mes sens. Une fessée auto administrée ? Non, trop classique. Comme elle me l'a dit, elle mérite mieux de ma part. Me pénétrer avec un objet du quotidien détourner de son usage ? Non plus, une soumise de ce nom ne doit jamais toucher à son sexe sans autorisation. Qu’est-ce que je pouvais bien trouver ?!? C'est alors que je vis le tambour de la machine à laver encore plein. Le branleur affalé dans le salon venait, bien involontairement, de me donner l'idée tant recherchée. Une idée que je mis en pratique avant de reprendre place devant mon écran :

> Je suis de retour, annonçai-je avec la ferme intention de ne pas commettre la même erreur que précédemment. J'avais pensé à une fessée mais je me suis dit que c'était trop téléphoné. Du coup je suis allée piocher deux pinces à linge dans le tiroir prévu à cet effet. Elles sont en bois. Neuves, elles exercent une pression assez forte. Cette pression elles l'exercent actuellement sur mes tétons.

< Excellent ma belle ! Continue...

> Des fois que mon mec me fasse la surprise de lever son cul du canapé, j'ai préféré garder mon haut. Elles sont en dessous, chacune installée sur l'une de mes pointes. La douleur est certaine, mais le plaisir l'est tout autant. Le sang qui s'accumule palpite et un simple coup d'œil dans mon décolleté me confirme que mes tétons prennent une teinte violacée.

< Tu vois quand tu veux. Ce n'est pas si difficile que ça, me félicita Athena.

Elle était vraiment très forte. Cette quasi inconnue, sans même qu'elle ait eu besoin de me le demander, obtenait de ma part une soumission tacite. Une posture que je n'étais pas habituée à prendre mais dont je connaissais parfaitement les leviers, l'un d'eux étant de quémander son propre plaisir.

> Les jambes croisées sous la table, je les serre de toutes mes forces. Cela m'oblige à contracter mon vagin qui m'envoi à chaque fois des décharges d'un plaisir naissant...

< Eh bien, une fois lancée on ne t'arrête plus ma belle, m'interrompit-elle. Tu es divine !

> Merci... J'ai une folle envie de jouir... Puis-je avoir l'autorisation de me masturber à la fin de mon set ? demandai-je en essayant de cacher le supplice qui était le mien.

< Tu pourras dès que je me serais déconnectée, ce qui va arriver dans quelques secondes. Mais avant de te toucher, tu jetteras un œil sur le tchat public. Bonne fin de soirée et peut-être à bientôt si le cœur t'en dit.

Clic... Athena disparue sans même me laisser le temps de la remercier pour l'octroi de sa permission. Déjà prête à aller fouiller dans le bac à légumes du frigo, je fis quand même un détour par le fil de discussion public comme me l'avait suggéré ma nouvelle amie. Vu le nombre de messages privés qui m’arrivèrent quasi simultanément, j'aurais dû me douter de ce que j'allais y trouver. Depuis l'arrivée d'Athena et jusqu'à son départ précipité, toute notre correspondance s'y trouvait. Cela ne lui avait pas pris plus de dix secondes pour faire un copier/coller qui dévoilait tout de mon état. Une boule se forma dans ma gorge en plus de celle dans mon ventre. Je me sentais violée dans mon intimité la plus secrète ! J'aurais dû me sentir trahie, être en colère, mais non. Tout au contraire, mon excitation s'en trouva décuplée. Athena, dominante hors pair, savait jouer de toutes les ficelles pour permettre à sa soumise d'atteindre des sommets d'extase. Histoire qu'elle ne m'oublie surtout pas, je lui laissai un message que j'espérai digne de son attente :

> Bonjour Athena. Merci pour la soirée d'hier. Même de m'avoir grillée auprès de la quinzaine de personnes présentes au Betty's. Cela aurait pu m'énerver, mais ce fut tout l’inverse. Ayant eu ta permission pour me laisser aller à mes envies, je ne me suis pas fait prier pour y succomber. Il m’aurait été facile d’accepter une des nombreuses demandes de RP qui me furent adressées après ton départ mais cela n'aurait pas été honnête car je ne pensais qu'à toi. Le frigo étant juste à côté de moi, je suis allée piocher dans le bac à légumes, revenant à ma place armée d'une courgette dont la forme phallique m'attira au plus haut point. Sans même fermer la porte, risquant d'être surprise en posture délicate, je me suis imaginée à ta merci, les pieds posés sur la table, les jambes écartées, alors que tu me fourrais la chatte avec ce légume sur lequel j’avais déroulé une capote. On ne se connaît que depuis deux heures, mais sache que grâce à toi j'ai pris un pied énorme. J'aimerais te revoir...

Un souhait qui alla au-delà de mes espérances puisqu'il déboucha sur huit mois d'une complicité inébranlable. Moi qui m'étais moquée, jusqu'à ce jour, de celles et ceux se vantant de l'intensité de leurs relations virtuelles, j'étais bonne pour ravaler ma bile. Athena savait tout de moi. Je lui donnais un planning précis de mes connections, lui laissais des messages sur ce que je faisais de mes journées, lui racontais mes aventures et, surtout, obéissais à tous les gages et défis qu'elle me lançait. Sauf que moi, je ne savais pas grand-chose sur elle...

Ma vie réelle étant devenue ce qu'elle était, c'est à dire celle d'une femme infidèle qui n'éprouvait plus aucun scrupule à l'être, je finis par me dire tout naturellement qu'une aventure avec celle qui me donnait tant de bonheur par écran interposé serait tout à fait envisageable. Une des rares confidences qu'elle m'ait faites étant qu'elle était célibataire, une tentative en ce sens me semblait même couler de source.

A mon grand étonnement, elle refusa, et pas qu'une fois. Sans pour autant me dire où elle habitait et sachant que de mon côté je vivais à Paris, Athena prétexta tout d'abord l'éloignement géographique. Puis, devant mon insistance, elle insista sur le fait qu'une rencontre réelle risquait de mettre à mal notre relation quasi fusionnelle sur la toile. Sur ce point elle n'avait pas tort, cependant j'étais prête à prendre ce risque et pas elle. Craignant sûrement de ne pas être à mon goût, je ne savais pas plus à quoi elle ressemblait. Pour tenter de la rassurer, une nuit d'insomnie où elle n'était pas disponible, je pris ma plus belle plume pour lui écrire un texte dans lequel je me livrai comme jamais. Des mots que je garderai pour moi... Des mots qui firent mouche.

Quelques semaines plus tard, profitant d'un mariage auquel elle était conviée en région parisienne, Athena me proposa que nous nous retrouvions pour boire un verre. Juste un verre ? Sur le coup j'eus du mal à cacher ma déception mais, au final, acceptai bien volontiers ce qui ressemblait à une prise de contact. Elle faisait preuve de prudence. Ayant toujours eu, pour ma part, tendance à brûler les étapes, je finis par me résoudre au fait que c'était elle qui avait raison.

Les heures qui précédèrent notre rencontre me semblèrent durer une éternité, et le chemin me menant à la gare de Lyon interminable. Son train étant censé arriver à 14h12, je me présentai sur le parvis à 13h50. Oui, je sais, aucune chance qu'il n'arrive en avance mais bon, je ne tenais plus. Il faisait une chaleur d'enfer. Depuis quelques jours le thermomètre flirtait allègrement avec les trente degrés à l'ombre. Sachant qu'au soleil on peut en rajouter facilement trois ou quatre, c'est la peau perlant de sueur que je stagnais en plein milieu de l'esplanade donnant sur le boulevard Diderot. Pas question que l'on se rate, même que l'on perde ne serait-ce qu'une seconde parce qu'elle ne m'aurait pas trouvée. Et j'avais mis toutes chances de mon côté pour que cela n'arrive pas car, en plus de ma position stratégique, le rouge carmin de ma mini robe en lin faisait idéalement ressortir ma silhouette au milieu de la foule des juilletistes.

 

 

 

Cependant cela ne se déroula pas comme prévu. Si le TGV en provenance de Lyon était bien arrivé à l'heure, pas d'Athena à l'horizon. Elle me l'aurait dit si elle avait raté son train quand même ? Peut-être avait-elle eu besoin de faire un passage par les toilettes avant de sortir de la gare ? A 14h25, histoire d'en avoir le cœur net, mes messages restant sans réponse, je me décidai à aller voir. Mais alors que je m'approchai de la grande porte vitrée menant à l'intérieur du bâtiment, je m'entendis appeler par mon prénom :

  • Oui ? fis-je en cherchant du regard la personne censée me connaître.
  • Salut Roxanne. Tu... Tu es encore plus belle qu'en photo...

Je restai un moment interdite, immobilisée par le flot d'informations contradictoires inondant mon cerveau. Je vais encore faire une comparaison cinématographique, mais vous souvenez-vous du film Wargames, quand Matthew Broderick fait buguer l'ordinateur voulant déclencher la troisième guerre mondiale ? Il lui fait faire une partie de morpion, l'obligeant ainsi à essayer de résoudre une équation impossible. Eh bien, à cet instant, l'ordinateur c'était moi et l'équation ce que j'avais sous mes yeux hagards. Dans une dernière tentative pour réfuter l'évidente évidence qui s'affichait devait moi, je lâchai alors LA question. Celle qui, par sa pertinence, aurait fait gagner le Pulitzer à n'importe quel journaliste :

  • Mais... T'es... T'es un homme ?

La petite cinquantaine à l'embonpoint très affirmé, des tempes grisonnantes sur une calvitie avancée et une barbe fournie en harmonie avec ses rares cheveux, l'homme qui me faisait face était loin de ressembler à une déesse grecque. Il en était même à des années lumières ! Me revinrent alors comme des fulgurances les questions qui auraient dû éveiller mes doutes. Pourquoi Athena avait-elle gardé autant de mystère alors que de mon côté j'avais été totalement transparente ? Parce que « elle » était en fait « il ». Mais qu'elle conne ! Cette affirmation résonnait dans ma tête alors que l’homme qui me faisait face se décomposait.

  • Je suis vraiment désolé Roxanne. Tout est ma faute. J'ai tout gâché, se lamenta celui pour qui je ressentais une foultitude de sentiments contraires. En plus je te fais perdre ton temps. Je te laisse en espérant secrètement qu'un jour tu arriveras à me pardonner...

Nul besoin de répondre avec des mots. Ma mâchoire serrée et mes yeux crachant des éclairs couleur émeraude s'en chargèrent très bien.

  • Quand je serai rentré, je t'enverrai un message sur Second Life pour essayer de m'expliquer. A moins bien sûr que tu préfères me bloquer, ce que je comprendrais parfaitement. Je ne pourrais m'en prendre qu'à moi si tu le décides ainsi.

Il tenta de chercher une quelconque étincelle de compassion dans mon regard mais, ne trouvant que colère et mépris, se résolu à s'en aller. C'est alors qu'en ramassant son sac à dos, il sortit cette phrase qui allait tout changer :

  • Je vais voir s'il y a encore de la place sur le prochain train.
  • Tu ne vas même plus à ton mariage ? m'enquis-je sans vraiment savoir pourquoi je m'y intéressai.

A nouveau il parut désemparé, presque honteux :

  • C'est... C'était aussi un mensonge... Il n'y a pas de mariage...

Ce fut à mon tour de me sentir embarrassée. Cet homme qui ne donnait pas l'impression de rouler sur l'or avait dépensé son fric et fait tout ce chemin pour moi ? Non seulement ça, mais en sachant en plus qu'il avait de grandes chances de se prendre un vent monumental ? Et moi, juste parce que mon ego surdimensionné avait été berné, par simple vexation, je réfléchissais déjà à la manière dont j'allais annoncer à nos connaissances communes qu'Athena n'était en fait un vulgaire mytho.

  • Attends ! l'interpellai-je alors qu'il commençait à s'éloigner. Juste par curiosité, tu peux au moins me dire ton prénom.

II s'arrêta et opéra un demi-tour. A nouveau face à moi, ses yeux rougis par des larmes naissantes achevèrent mon process de culpabilité.

  • Jean-Pierre... Je m'appelle Jean-Pierre. Et même si me répète, tant pis, mais tu ne peux pas savoir à quel point je suis désolé Roxanne.
  • Ca ne fait pas très grec ça comme patronyme. Et encore moins divinité.

Il hésita quant à la manière d'accueillir ma vanne. Etait-ce un pur foutage de gueule ou simplement un léger chambrage prompte à détendre l'atmosphère ? Pour être très honnête, même moi j'avais un doute sur le sens à donner à mes mots. Après quelques instants de réflexion Jean-Pierre, lui, opta pour l'option la plus optimiste en m'adressant un sourire emplit d'une vraie gentillesse. Et ce fut communicatif.

  • On avait prévu de boire un verre il me semble, non ?
  • Si... Mais je comprends tout à fait que tu ne veuilles plus Roxanne.
  • Mouais... On m'a toujours dit que ma curiosité me perdra mais je suis très curieuse de savoir comment tu as pu berner ma légendaire sagacité pendant tout ce temps, dis-je pour justifier le fait que je renouvelai l'invitation.

Une vingtaine de minutes plus tard, assis à la table d'une paillotte estivale installée sur les quais, Jean-Pierre remplit les cases vides de sa biographie. Cinquante-six ans, au chômage depuis presque trois ans, il était divorcé et avait deux grands enfants. Ancien plombier chauffagiste, il avait dû envisager une reconversion à cause de problèmes de dos chroniques mais, en raison de son âge, toutes les portes se fermaient devant lui. Ses seules occupations, à part chercher du boulot, tenaient dans ses passions pour la photographie et pour le cinéma. Au moins deux points sur lesquels il ne m'avait pas mentis puisqu'il m’en parlait souvent sous le personnage d'Athena. On s'était même chauffés en imaginant mon moi réel prendre la place de mon avatar devant son objectif.

  • J'ai même mon appareil avec moi, fit Jean Pierre alors que nous devisions sur les nombreux spots photos possibles le long des quais de Seine. Il est dans mon sac.
  • Si tu ne viens jamais sur Paris, cela aurait été dommage de rater l'occasion. D'ailleurs si t'as le temps, j'aimerais bien te montrer une vue que j'adore un peu plus loin. C'est sur l'île Saint Louis.
  • Bien sûr, avec grand plaisir. Je te suis.

Et nous voilà comme si de rien était en train de déambuler en direction de Notre Dame. Tout était oublié, au moins le temps d'un après midi. Nous profitions pleinement de cette magnifique journée de juillet. En cette veille de fête nationale, Jean-Pierre s'émerveilla de voir passer au-dessus de nos têtes une formation d'avions de chasse. Ils étaient sûrement en train de s'entrainer en prévision de l'habituel défilé prévu le lendemain. Arrivés à la pointe de l'île Saint Louis, je montrai à mon invité une vue magnifiquement dégagée sur la célèbre cathédrale parisienne, l’invitant par la même occasion à sortir son appareil.

  • Décale-toi un peu s'il te plaît Roxanne, me demanda Jean-Pierre. Tu vas être sur la photo sinon.
  • Sympa, merci... Je ne sais pas comment je dois le pendre, protestai-je en jouant parfaitement le rôle de la fille vexée. Si je gâche la photo n'hésite surtout pas à me le dire.
  • Heu... Pas du tout... Je... Je me suis mal exprimé... Ce n'est pas ce que je voulais dire... Vraiment... Pas... Désolé...

Encore sur les braises de cette journée hors norme, il craignait de mettre en péril l'équilibre précaire que nous avions trouvé. Ses maladresses m'amusaient, mais je ne voulais pas le lui montrer. C’était ma petite vengeance.

  • Ah moins que tu préfères comme ça ?

Grisée par l'emprise que j'avais sur celui qui cherchait par-dessus tout à se faire pardonner, je pris une pose des plus suggestive. Les coudes en appui sur le muret, le regard négligemment perdu au loin, je me penchai juste assez pour laisser deviner mon tanga bordeaux orné de fanfreluches noires. J'entendis le bruit caractéristique de l'obturateur lorsque Jean-Pierre prit le cliché. Son silence trahit son émotion. Le jeu était ainsi lancé. Il avait mordu à l’hameçon et j'étais seule à décider de la suite de la partie. Surtout de son issue…

Décidée à trouver un endroit un peu plus discret, pas évident un treize juillet en plein après-midi, je ramenai Jean-Pierre sur les quais, côté rive gauche. Après plusieurs arrêts et autant de prises de vues anodines, nous nous retrouvâmes du côté du pont d'Austerlitz. Sachant qu'un lieu complètement isolé serait une quête impossible, je me contentai d'un passage peu emprunté sous le pont afin d’offrir à ma victime consentante ce qu'il espérait secrètement.

  • Et comme ça ? Tu veux toujours que je me décale ?

Je venais de faire glisser ma robe le long de mon corps. Elle se retrouva à mes chevilles, me laissant ma culotte pour seul vêtement et les bras croisés sur ma poitrine pour ultime rempart.

  • Je... Je ne sais pas quoi dire...
  • Eh ben ne dis rien et profite, répondis-je en offrant finalement mes seins à son regard.

Ce shooting improvisé fut rapidement interrompu par une famille de cyclistes amateurs que la vue de ma quasi-nudité dérangea. Je renfilai donc rapidement ma robe avant d'emboiter le pas de Jean-Pierre que l'éventuelle arrivée des képis bleus inquiétait.

  • En fait t'es aussi folle en réel que sur SL (Second life), me tança mon compagnon d’exhibition.

Je faillis lui rétorquer que contrairement à lui j'étais la même dans les deux mondes, mais je ravalai mes mots avant qu'ils ne sortent. Au lieu de cela, oubliant mes hésitations et ma rancœur, je lui posai une question que je n'aurais pas imaginée poser ne serait-ce qu'une heure plus tôt.

  • Le cas échéant j'avais réservé une chambre d'hôtel... Tu as envie ?

Crise de tétanie immédiate ! Jean Pierre s'arrêta net, paralysé par ma proposition. Ce ne fut pas un ange qui passa entre nous mais tout une escadrille en rang serré. Il mit de longues secondes avant d'arriver à prononcer un mot.

  • Tu sais Roxanne, vu ce que tu m'as raconté de ta vie, tu risques d'être déçue avec moi... Ca fait des années que je n'ai pas connu une femme, m'expliqua-t-il tout penaud.
  • Tu as toujours cette imagination dont tu fais la preuve depuis des mois, non ?
  • Euh... Oui... Je pense…
  • Alors ce sera parfait, j'en suis sûre. Tu remarqueras d'ailleurs qu'à l'origine c'est ton esprit fertile que j’attendais avant tout, rétorquai-je pour le rassurer.

Ce qui était on ne peut plus vrai si je dois être honnête. Je n'étais de toute manière pas censée rencontrer un mâle monté comme un âne mais une femme douée d'un cerveau à l'efficacité diabolique. Mis à part une anomalie sur le sexe, il n'y avait aucune raison que le reste ne soit pas à la hauteur de mes espérances.

Ayant réservé dans un hôtel non loin d'Opéra, le trajet fut assez long. Le temps de rejoindre la voiture, puis d'arriver sur les grands Boulevards, un monde de silence s'installa entre nous. J'avoue bien volontiers que je ne contribuai pas à le dissiper, tendue moi aussi à l’idée de ce qui allait suivre.

  • J'espère que tu as pensé aux préservatifs mon chat. Tu te doutes que de mon côté...

Un petit regard en coin accompagné d'un sourire, et la tension redescendit de deux ou trois crans. Ce qui ne nous empêcha pas de devoir faire une halte à une pharmacie avant d'atteindre notre objectif final.

Une fois à l'hôtel, Jean-Pierre me laissa diriger les opérations. Il resta même très en retrait alors que je me présentai à la réception pour retirer la clé. L’établissement était bourré de charme, puisque situé dans l'un des célèbres passages couverts parisien, et l'employé qui m'accueillit semblait très habitué aux couples de « passage ». Notre présence lui arracha un petit rictus qui m'amusa. Sans risque de me tromper, il y a fort à parier qu'il me prit pour une pute, ce d'autant que je payai d'avance et en espèces.

Mon partenaire n'arrangea pas non plus les choses en rasant les murs au moment de m'emboiter le pas vers les escaliers. Il fallait que je me fasse une raison. Jean Pierre n'allait pas retrouver l'assurance dont il faisait preuve derrière son écran et qui m'avait tant séduite, pas ce jour-là en tout cas. Une impression qui se confirma dès la porte de la chambre franchit.

  • Détends-toi mon chat, lui dis-je en venant me coller contre lui. Tu ne vas arriver à rien si tu ne te relâches pas un peu.

Il resta muet. Je fus même obligée de me saisir de ses mains pour les guider sur mon corps. Si je n'avais pas su qu'il avait été marié et qu'il avait des enfants, j'aurais pu jurer qu'il était puceau.

A défaut d'être excitant, il était attendrissant. C'est dans cette perspective qu'une fois nue, je l'invitai à s'asseoir sur le lit pour que je m'occupe de lui. M'étant résolue au fait qu'il ne prendrait aucune initiative, ce fut de mon propre chef que je m’agenouillai devant lui afin de m'attaquer à son pantalon. Histoire qu'il n'oublie jamais ce moment, je pris tout mon temps pour le faire glisser jusqu'à ses chevilles. Son caleçon suivit le même chemin et je me retrouvai face à une verge désespérément flasque.

  • Ferme les yeux, chéri. Laisse-toi aller...

Ne m'attendant de toute manière à aucune réponse, je pris son sexe entre deux doigts pour le décalotter. Je l'invitai gentiment à se reculer un peu pour que son ventre proéminent ne me gêne pas au moment de le prendre en bouche.

  • Hannnnn mon dieu, gémit-il quand mes lèvres aspirèrent son membre anesthésié de terreur.

Malgré tous mes efforts, impossible de lui donner assez de prestance pour ne serait-ce qu'envisager de me pénétrer. Le pire étant que, plus il se désespérait de ne pas arriver à bander, plus sa verge restait molle. Le cercle vicieux par excellence.

J'aurais pu accepter cette défaillance tout à fait compréhensible si mon amant avait au moins fait preuve de partage, mais non. A aucun moment il ne me proposa de me rendre la pareille avec sa langue ou ses doigts. Par politesse, il se contenta juste de me prévenir lorsqu'il se sentit partir. Ce fut la première fois que je vis un mec éjaculer sans le plus petit signe d'érection.

En quelques secondes, le sentiment de colère que j'avais eu en découvrant la supercherie donc j'avais été victime, et que j'avais oublié, revint de plus belle. A poil dans cette chambre d'hôtel, la main collante de sperme, attendant une quelconque réaction d'un mec qui me dégoûtait de plus en plus, je me sentais humiliée. Le tableau que j'offrais à voir devait être pathétique.

  • C'est tout ? fis-je stupéfaite en voyant Jean-Pierre se rhabiller.
  • Je... Je suis désolé Roxanne.

Pitoyables excuses qui eurent sur moi l'effet d'une allumette craquée à proximité d'une fuite de gaz. Boum !

  • T'es désolé ?!? T'as que ce mot là à la bouche ou quoi ?
  • Mais je ne sais pas... Pas quoi dire...
  • Ca j'avais compris que tu es plutôt du genre limité comme garçon et pas qu'au niveau du vocabulaire, lui assénai-je en désignant son entrejambe d'un index accusateur.

J'eus alors droit à la réflexion qui assura à Jean Pierre l'oscar de la mauvaise fois. Un oscar d'honneur même !

  • Je... Je voulais partir moi... C'est toi qui a insisté...

Le volcan Serbe, comme certaines mauvaises langues aiment à me décrire, entra alors en irruption :

  • Pardon ?!? Tu te fous de ma gueule en plus gros tas ? Vas-y dégage ! hurlai-je en le poussant vers la sortie. Casse-toi avant que je t'arrache les couilles ! De toute manière pour ce que ça te sert !

Terrifié, Jean-Pierre n'osa même pas me réclamer l'appareil photo que je lui avais confisqué avant de le foutre à la porte. J'allais lui renvoyer par la poste plus tard, mais pas question de lui laisser les clichés de moi qu'il avait pris sur les quais.

La chambre disposant d'une vaste baignoire, je pris le temps de me calmer dans un bon bain à remous. La colère laissa petit à petit la place à une vague de mélancolie, voire de tristesse. Guidées par la désillusion d’une passion qui s’écroule, quelques larmes coulèrent sur mes joues.

Durant quelques mois j'allais disparaître de Second Life, blasée par ce que je venais de vivre. Un break loin d'être définitif puisque je fis mon comeback avec un tout nouvel avatar qui me coûta encore plus cher que le premier. Bien décidée à ne pas commettre les mêmes erreurs, je m'étais jurée de couper les ponts entre mes vies réelles et virtuelles. Une promesse digne de celles que l'on fait au lendemain du nouvel an arrosé au champagne et dont la date d'expiration ne dépasse pas le mois de février. A peine deux mois après mon retour je remis le couvert avec une dénommée Elora. Heureusement pour moi, le résultat fut tout autre...

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