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Chroniques libertines

Chroniques libertines

Le journal libertin d'amants passionnés...


Chap. 8 : Le point de non-retour

Publié par Miss Roxy sur 18 Janvier 2026, 19:45pm

Je ne sais pas ce qu'a retenu Dimitri de nos quelques années de vie commune. Probablement pas grand-chose vu le peu de motivation qu'il semblait avoir à la préserver. Présent physiquement mais absent pour le reste, complicité, partage, fric et bien entendu, sexe, je suis en revanche persuadée qu'il n'oubliera jamais la manière dont je l'ai plaqué. Ses potes non plus d'ailleurs...

La goutte d'eau. Celle qui, plus qu'une autre, sans savoir vraiment pourquoi, fait déborder un vase déjà bien remplit. On appelle aussi ça le point de rupture ou de non-retour. Dans tous les cas ça marque la fin des faux semblants, des façades de convenance ou des images mensongères que l'on donne à voir aux autres autant qu'à soi-même. Pour ma part, cela faisait longtemps que je n'avais plus d'illusions quant à l'avenir du couple que j'étais censée former avec Dimitri. Dans mon esprit comme dans mon cœur, il était mort et enterré au champ du déshonneur.

Pour lui, en revanche, tout semblait normal, ou presque. C'est ce qu'il répétait autour de lui en tout cas, que ce soit à sa famille ou à ses amis. Persuadée tout d'abord qu'il se voilait la face, puis qu'il donnait le change pour qu'on lui foute la paix, j'en étais arrivée à me poser la question de savoir s'il jouissait de toutes ses facultés mentales. Avec tout ce que je lui avais mis dans la gueule, c'était à se demander s'il y avait la lumière à tous les étages ! En tout cas, avec ce que j'avais dans les mains au moment de descendre rejoindre la petite bande d'hypocrites qui m'attendait dans le salon, j'allais m'assurer de remettre le courant dans l'immeuble entier.

Et dire que je faillis esquiver cette soirée d'anniversaire, celui de Julien, le meilleur ami de Dimitri. L'un comme l'autre allait regretter d'avoir insisté pour que je vienne. Si l'on ajoute JC, Jean Charles pour les intimes, le troisième larron de cette bonne bande de winners, le tableau (de chasse) allait être complet.

  • S'il te plaît chérie. Viens avec moi, m'avais supplié mon cher et tendre quelques heures plus tôt. Tu sais que Delphine t'apprécie beaucoup.

Delphine était la petite amie de Julien. Très gentille mais aussi intéressante qu'une porte ouverte, elle savait pertinemment qu'en mon absence les trois amigos ne se priveraient pas de squatter la Playstation avant même que le gâteau d'anniversaire soit servi. Ayant pour ma part abdiqué depuis bien longtemps à lutter contre ce phénomène, le fait que je sois là n'allait pas y changer grand-chose. Tout du moins espérait-elle ainsi avoir un peu de compagnie, ce qui n'était pas pour me rassurer.

Craignant du coup de me faire royalement chier au milieu de cette tribu de geeks invétérés et de leurs meufs aussi superficielles qu'un parapluie en plein ouragan, je réussi à négocier en échange de ma présence l'invitation de Sonia, mon amie ibérique à l'accent chantant. Indécrottable lesbienne au verbe aussi tranchant que peut l'être le mien, je comptais sur sa compagnie pour égayer cette soirée qui s'annonçait déjà comme une purge. Ce n'était pas un cadeau que je lui faisais. J'en étais consciente et, de son côté, elle me le fit bien remarquer quand je lui annonçai la bonne nouvelle :

  • Et je gagne quoi en échange de mon sacrifice ? me demanda-t-elle en soupirant.
  • Mon éternelle considération ?
  • Mouais... C'est terrible mais je sens que j'ai pris froid. La gorge qui me pique et tout et tout...
  • OK. J'ai compris, soufflai-je amusée. Un cunni ça te va ?
  • Un seul ? Mais quelle pince tu fais !
  • Rhooo ! Si je rajoute un doigt en plus, c'est bon ?
  • C'est mieux. Deux et je signe.
  • Vendu ! Mais c'est bien parce que je suis au bout de ma vie.

Notre échange téléphonique se termina par un fou rire qui interpella Dimitri. Enfin, interpeller est un bien grand mot. Il arqua à peine un sourcil, ce qui soit dit en passant était déjà un effort colossal pour lui.

Sonia arriva vers 17h00 à la maison. Contrairement à Servane qui ne pouvait pas blairer Dimitri et ne se faisait pas prier pour montrer ouvertement son animosité, Sonia s'entendait plutôt bien avec lui, du moins en surface. Une entente cordiale rendue possible par la passion commune de la photographie qu'ils partageaient tous les deux. Cela leur faisait au moins un sujet de conversation. Un luxe qui permettait à Sonia d'éviter cette sensation de vide abyssal ressentie par la plupart des gens approchant mon futur ex.

Je sais, je suis cruelle. Surtout que, je dois bien l'avouer, il était plutôt doué dans ce domaine. C'est ce que ne cessait de lui répéter Sonia afin d'essayer de le pousser à persévérer, voire de se réorienter vers cette activité dont elle avait fait son métier. Elle était, est toujours, photographe professionnelle spécialisée dans tout ce qui concerne la faune et la flore. Mais même quand elle montrait à Dimitri ses dernières prises de vue, racontait ses voyages à l'autre bout du monde, rien n’y faisait. Comme dans tous les autres aspects de sa vie, celui-ci préférait se rassurer dans son confort. Avare du moindre risque comme du moindre effort, il regardait passer son existence en se disant qu'après tout, elle n'était pas si mal que ça... Pathétique !

Après les formules de politesse d'usage et quelques mots échangés avec Dimitri, Sonia me suivit dans la chambre. Non, je n'allais pas lui payer mon dû tout de suite, nous n'aurions pas le temps d'en profiter. Quoiqu'au moment où elle commença à se déshabiller devant moi pour se changer, l'idée de verser un acompte me traversa l'esprit.

  • T'as le droit de toucher autrement qu'avec les yeux, me lança-t-elle en constatant mon trouble.
  • Mais j'y compte bien ma belle...

Une fois détachés, ses cheveux bruns aux reflets auburn lui tombaient juste sur les épaules. En harmonie parfaite avec le teint hâlé de sa peau, ils faisaient ressortir ses yeux d'un marron peu commun. Un marron brillant, comme si son iris était parsemée de microscopiques diamants. Sportive, assidue nageuse et adepte des longues randonnées, Sonia a un corps sculpté par ses nombreuses activités. Mince sans être maigre, elle est complexée par ses seins qu'elle trouve trop petits et ses fesses trop plates. Quand elle m'en parle, je lui réponds sans détour que si elle veut investir dans la médecine, elle ferait mieux de consulter un ophtalmo plutôt qu'un chirurgien esthétique.

  • Je ne savais pas comment me fringuer. Tu penses que ça ira comme ça ? me demanda-t-elle en sortant de son sac une robe légèrement pailletée sur un fond bleu nuit. Pas trop provocante ?
  • Non, elle est parfaite ! rétorquai-je avec l'air faux de celle qui complimente pour mieux cacher la torpille à venir. Sauf qu'on ne va pas à la bar-mitsva du petit Berrebi...

Tout l'immeuble dû sursauter lorsque Sonia explosa de rire.

  • Non mais que t'es conne ! J'ai failli me pisser dessus !

Dimitri tenta de renter dans la chambre pour venir voir ce qu'il se passait, mais fut arrêté dans son élan par les protestations de Sonia qui refusait de lui laisser apercevoir la couleur de ses sous-vêtements.

  • T'inquiète ma belle. Tu ne risques rien avec lui. Ca fait longtemps qu'une meuf à poil ça ne le fait même plus réagir, lâchai-je avec une pointe d'amertume, voire de mépris.
  • Ah ouais... C'est de pire en pire l'ambiance ici.
  • Non, l'ambiance ça va. C'est tout le reste qui part en couille.

Et de rajouter sur le ton de la confession à peine surjouée :

  • D'ailleurs je commence à me demander sérieusement si j'ai pas un peu trop de nichons et pas assez de couilles pour l'intéresser justement.
  • Tu penses ? Il aurait reçu sa lettre lui aussi ? ricana mon amie qui ne savait plus quoi faire avec sa robe.
  • En recommandé carrément !

Un nouveau fou rire cette fois partagé retentit à nouveau dans la pièce. Le temps de nous calmer et je fouillai dans mon dressing pour trouver à Sonia une tenue plus en adéquation avec ma façon de voir la soirée à venir.

  • Voilà ! C'est ça qu'il te faut !

Vu les yeux écarquillés et la bouche en cul de poule de ma voisine, je n'étais pas certaine qu'elle partage mon enthousiasme.

  • Ah ouais quand même... Qu'on aille pas à la bar-mitsva du petit Berrebi je veux bien l'entendre ma chérie, mais de là à aller à celle de Strauss-Kahn il y a peut-être un juste milieu, tu ne trouves pas ?

A l'époque l'affaire du Sofitel était encore bien présente dans les mémoires et la référence faite ainsi par Sonia parfaitement à propos. Il est vrai que la robe que je lui exposai avait de quoi la laisser perplexe. De couleur or, elle était ajourée par de la dentelle noire sur les manches et sur les côtés. Perso, je l'adorais. Ce n'était pas du tout le style de Sonia, je le savais pertinemment, mais c'était ça qui rendait la chose amusante.

  • Je ne peux pas mettre de sous-vêtements avec ça en plus, renchérit-elle en voyant que la dentelle courait sur toute la longueur de la robe. Même pas de collants...
  • Et si je rajoute un troisième doigt au contrat, tu la portes ?
  • Toi alors ! T'es vraiment une...
  • Je suis vraiment une quoi ? la coupai-je en me doutant bien que le mot manquant devait commencer par « sa » et finir par « lope ».
  • Et toi tu vas mettre quoi ?

Dos nu jusqu'à la naissance des fesses, simplement maintenue par un fin cordon noué autour du cou, la robe que je m'étais destinée rivalisait sans problème avec le côté provocateur de sa concurrente. D'un rouge cerise éclatant, elle était aussi ample que celle de Sonia était moulante. Autrement dit, au moindre mouvement un peu brusque de ma part, le profond décolleté reposant avec fébrilité sur le haut de mes seins n'occulterait pas grand-chose de mon anatomie.

  • Ok... Je vois. J'ai compris où tu veux en venir, s'amusa ma complice.
  • Je t'ai connue plus rapide à la détente ma belle.
  • Excuse... Jouer les allumeuses ce n'est pas dans mes habitudes contrairement à toi.
  • Bon... Tu en es ou pas ?
  • Bien sûr que j'en suis ! s'exclama Sonia comme pour signifier l'évidence. Je ne laisse pas les cops dans la galère. Et puis vu ce que tu m’as promis...

Une fois habillées, nous contemplâmes le résultat dans le miroir de plein pied fixé au mur. L'image que nous renvoyaient nos reflets respectifs nous fit pouffer de rire. Laquelle de nous allait faire la vanne la première. Nous la pensions chacune tellement fort qu'elle semblait couler de source :

  • 100 la pipe et 200 la totale, lâchai-je du bout des lèvres.
  • Combien pour un cunni ? Parce que la bite c'est vraiment pas mon truc...

Une hilarité grasse et retentissante se saisit à nouveau de nous.

  • Eh bien ça s'éclate ici, s’incrusta Dimitri en forçant cette fois l’entrée de la chambre. On ne va pas trop tarder sinon on va être en retard les filles.

Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas vu se presser pour quoi que ce soit. Sinon, pas un commentaire sur nos tenues et encore moins de compliments. Personnellement, cela ne me surprit pas, au contraire de Sonia qui ne se priva de le lui faire remarquer de manière cinglante :

  • Même pour une lesbienne, quand t'es habillée comme ça, se prendre un vent force 5 par un mec c'est presque vexant. Alors j'imagine quand t'es censée être là femme du dit mec.

Dimitri sembla ébranlé par la réflexion. Elle serait venue de Servane ou de moi, cela lui serait à coup sûr passé au-dessus de la tête, mais de la part de Sonia cela le surprit. Il faut dire que le ton glacial employé par cette dernière écarta même l'idée que cela puisse être une simple vanne. L'indifférence dont avait fait preuve Dimitri, surtout à mon égard, l'avait choquée au plus haut point. Connaissant mon amie comme je la connaissais, je devinais à son body-language qu'elle prenait sur elle pour ne pas se montrer beaucoup plus désagréable. Sur l'instant je voulu la prendre dans mes bras pour la remercier comme il se devait d'être, tout simplement, mon amie.

  • Mais... Mais bien sûr que vous êtes très belles... Toutes les deux...

Dimitri aurait mieux fait de se taire. Le naturel tout relatif avec lequel il avait essayé de se rattraper aux branches avait été si convaincant qu'il lui valut une nouvelle torpille, cette fois dans un effort conjugué :

  • Crédibilité quand tu nous tiens...
  • Comme quoi parfois il vaut mieux fermer sa gueule et passer pour un con que l'ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet.

Un uppercut à la pointe du menton. Rien de mieux pour décrire l'impact de la dernière intervention de Sonia. Même si je savais que cette punchline n'était pas d'elle à proprement parlé, la justesse de sa répartie fut admirable. Sonné, Dimitri n'essaya même pas de répliquer. Il se contenta de quitter la chambre pour nous attendre bien sagement dans le salon.

Le ton du trajet comme celui de la soirée était donnés. Si j'avais imaginé un temps que la présence de Sonia allait pouvoir détendre l'atmosphère, c'était tout l'inverse qui se produisit. Le chemin jusqu'à Chatou, où les parents de Julien lui avait prêté leur maison pour l'occasion, fut marqué d'un silence de Cathédrale.

Vue la taille de la barraque, on aurait pu penser qu'ils allaient au moins essayer d'organiser une soirée avec un minimum d'envergure, mais non. Avec nous, le nombre stratosphérique de convives s'élevait à neuf. Outre Julien et Delphine, nos hôtes, il y avait JC et sa copine, Pauline, une grande pétasse blonde au centre de gravité aussi haut que l'opinion qu'elle avait d'elle-même. Présents aussi, un couple que je ne connaissais pas. Si lui se fondait parfaitement dans le tableau, celle qui l’accompagnait paraissait aussi enjouée d'être là que Sonia et moi l'étions.

Présentation faites, il se prénommait Carl et était ingénieur en informatique. Sincèrement, on m'aurait demandé de deviner, cela aurait été la première profession qui me serait venue à l'esprit. Avec sa coupe en brosse, ses petites lunettes en métal et sa dégaine de premier de la classe se fringuant chez Celio, le mot « geek » clignotait en lettres d'or au-dessus de sa tête.

Celle qui devait être sa compagne grilla le petit sourire moqueur que nous échangeâmes avec Sonia après avoir détaillé Carl. Pourtant, au lieu de nous retourner un regard courroucé, ce fut d’un clin d'œil qu'elle nous répondit.

  • Bonsoir, me dit-elle en me tendant la main. Puisque ces messieurs préfèrent se faire des câlins entre hommes plutôt que de faire les présentations, je prends les devants. Samia, enchantée.

Petite beurette au charme typiquement méditerranéen, Samia venait de faire preuve d'une mauvaise foi qui m'avait totalement séduite. Après tout, les garçons avaient à peine eu le temps de se saluer avant qu'elle ne prenne l'initiative de nous adresser un large sourire en leur plantant un couteau dans le dos. J'adorais l'idée ! Ses cheveux noirs tirés en arrière par une queue de cheval faisaient ressortir un visage à l'expressivité totale. Avec des yeux marrons très sombre mais néanmoins pétillants et un sourire enjôleur, elle transpirait la joie de vivre et la diffusait à qui voulait bien s’en saisir. Comme nous...

  • Enchantée Samia. Moi c'est Roxanne et je te présente Sonia, une amie à moi.

 Je précisai bien « à moi » et pas « à nous » histoire qu'elle comprenne bien notre position par rapport au reste de la bande. Saisissant le message subliminal que je lui envoyai, elle y répondit en insistant sur le fait qu'elle était « une » copine de Carl et non « la » copine.

  • Sérieux vous êtes trop belles les filles comme ça ! nous complimenta notre nouvelle alliée qui allait devenir bien plus que cela après cette soirée.
  • Ca fait au moins une qui apprécie, rétorqua Sonia qui, tel un pitbull qui avait planté ses crocs dans un morceau de viande, ne lâchait pas prise.

En l'occurrence le morceau de viande c'était Dimitri. Et si personne n'avait perçu le malaise existant entre lui, Sonia et moi, le mépris avec lequel ma voisine venait de le désigner d'un geste du menton rendit la chose évidente.

Autre évidence, les réactions contrastées de l'assistance vis à vis de nos tenues. Mise à part Samia qui affichait clairement son approbation, le reste de nos semblables nous regardaient avec des yeux emplis de mépris. Tout le contraire de la gent masculine qui, excepté Dimitri, ne se privait pas pour nous mater, et ce depuis qu'on était descendues de voiture.

Annoncée comme diaboliquement ennuyeuse, cette soirée d'anniversaire commença par confirmer toutes les attentes mises en elle. Trois groupes se formèrent quasi naturellement, l'un ignorant ostensiblement ce que faisait les autres. Julien, Dimitri, JC et Carl, les apéritifs à peine servis, s'approchaient déjà dangereusement de la console au risque de ne plus la quitter. A quelques mètres, debout devant la porte fenêtre, Delphine et Pauline philosophaient sur des sujets éminemment profonds que seules des intelligences supérieures pouvaient comprendre. Assises en bout de table, à l'écart de ce petit monde, Sonia et moi avions été rejointes par Samia pour former la secte de celles qui se demandaient ce qu'elles avaient bien pu faire pour se retrouver dans cette galère.

Travaillant à la direction commerciale des Galeries Lafayette, Samia avait 26 ans. Arrivée en France six ans plus tôt en provenance de Casablanca, elle habitait du côté de Bobigny où elle partageait une collocation avec son frère cadet. Célibataire, elle souhaitait privilégier sa vie professionnelle au détriment de sa vie sentimentale. Pour le moment en tout cas. Elle se contentait très bien d'aventures sans lendemain que son physique avantageux et sa personnalité enjouée lui garantissaient sans trop d'effort. Malheureusement pour Sonia qui multiplia les allusions à peine voilées sur le fait qu'elle aurait volontiers fait partie de ses conquêtes épisodiques, Samia ne semblait avoir d'intérêt que pour les hommes.

  • Heureusement que vous êtes venues les filles. Je crois que je me serais pendue dans la salle de bain au milieu de la nuit sinon, nous dit notre nouvelle amie en levant son verre. A notre rencontre !
  • Mais pourquoi t'es venue toi si tu n'es même pas la meuf de Carl ? m'enquis-je. Tu es un peu masochiste ?
  • A part Carl, je ne les connais que depuis hier. C'est un très bon ami et, crois-moi ou pas, il n'est pas du tout comme ça quand il n'est pas avec ses potes.
  • T'as de la chance car le sien, avec ses potes ou pas, il est toujours égal à lui-même, pouffa Sonia.

Afin qu’ils se sentent visés par nos rire, nous nous tournâmes vers l'endroit où étaient censés se trouver les garçons, mais ils ne s'y trouvaient plus. Tant pis, ce n'était que partie remise.

  • Je vous abandonne un moment les filles, annonçai-je en me levant de ma chaise. Il faut que j'aille faire pipi.
  • Chauffe-moi la place j'irai après toi.

Promettant à Samia de faire ce que je pourrais en ce sens, je pris la direction de la salle de bain du rez-de-chaussée. Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que je vois une fenêtre dans une pièce où il y a des toilettes, je me sens obligée de l'ouvrir, et cette fois-ci ne fit pas exception. Cette manie m'apporta, pour une fois, autre chose qu'un coup de froid en me permettant de capter une conversation qui me scotcha un moment à la cuvette des chiottes.

  • Ben alors ? T'as essayé de te pendre toi aussi ? m'accueillit Samia qui s'interrogeait sur mes vingt minutes d'absence.
  • Tu sais que t'as une bonne bouche à pipe toi ? lui assénai-je en guise en réponse.

Même si les filles, Sonia en premier lieu, ne furent pas surprises par la teneur de mes propos, leur pertinence les étonna beaucoup plus. Le temps de reprendre place sur ma chaise et de me resservir un verre, je les laissai un moment patauger dans cette incompréhension qui brouillait leurs regards.

  • Si vous cherchez les garçons, ils sont dehors en train de fumer une clope, commençai-je à expliquer sur un ton confidentiel pour que Delphine et Pauline ne captent pas. Ils sont dans le jardin, juste à droite...
  • Et ? Pourquoi on les chercherait ? demanda Sonia qui ne comprenait pas où je voulais en venir.
  • Je sais pas... Peut-être pour coller une baffe à celui qui pense que t'es lesbienne parce que t'as encore jamais eu l'occasion de goûter à sa bite. Je ne fais que citer...
  • ...
  • La salle de bain à une fenêtre qui donne pile poil là où ils sont. Et ces quatre bouffons sont intarissables nous concernant, précisai-je face à mes deux copines éberluées.
  • Et lequel trouve que j'ai une bouche à pipe ?
  • Devine ! Je te donne un indice : il n'est pas comme ça quand il est avec ses potes.
  • Putain ! Le bâtard ! s'étouffa presque Samia.
  • Et le porteur de la bite qui devrait me faire trouver le chemin rédempteur de l'hétérosexualité ?
  • J'ai pas reconnu si c'était JC ou Julien tellement ça les faisait marrer. Mais je vous rassure, le plus gros doss était pour ma gueule. Dimitri est un puits sans fond avec ses potes me concernant...

Les quatre crétins venaient de réapparaître dans la pièce, les bras chargés de victuailles qu'ils déposèrent sur la table où nous étions. Afin de leur laisser la place pour tout installer et, surtout, de trouver l'intimité nécessaire à la suite de notre discussion, je proposai à Sonia et Samia de m'accompagner dehors afin que je fume aussi ma clope. Avant de poursuivre, je vérifiai qu'on ne se trouvait pas devant une fenêtre « malencontreusement » ouverte.

  • Donc... Tu en étais à Dimitri qui ne tarie pas d'éloges sur toi, me relança celle qui, selon certains, broutait des minous par dépit.
  • Eloges, éloges, c'est vite dit. Il paraît que je suis limite frigide malgré les efforts hors du commun déployés par mon étalon de mec.

Sonia, qui connaissait dans le détail la situation de notre couple, explosa de rire.

  • Ouiii ! D'ailleurs ça le rend même pessimiste sur notre avenir d'être aussi frustré par ma faute...
  • Pourtant, même si je ne te connais que depuis tout à l'heure, tu m'as l'air plutôt bien dans ta peau de ce côté-là. Voire très bien.
  • Houla... Tu ne crois pas si bien dire, l'interrompit Sonia avec un air moqueur. Si tu en savais le quart, t'irais prier de suite pour le salut de son âme.

Nouvel éclat de rire collectif qui contrastait avec l'ambiance de merde qui régnait dans la maison.

  • En bon pote solidaire de son meilleur ami, Julien a même proposé à Dimitri de m'aider, je cite encore, à faire éclore la salope qui dort en moi.
  • Du coup c'est sûrement lui le mec à la bite magique qui transforme les lesbiennes en hétéro ?
  • C'est le Harry Potter du cul !

Décidément, Samia avait tout pour intégrer notre petite bande de psychopathes. Le même verbiage et la même culture cinématographique.

  • En tout cas, toi si tu as une bouche de suçeuse, moi j'ai un cul fait pour qu'on ne me regarde jamais dans les yeux.
  • Je suppose que tu cites encore fidèlement leurs propos ?
  • C'est ça ! Pas un mot ne manque.
  • L'effet de groupe fait ressortir leurs âmes de poètes disparus. Ils devraient former un cercle, ça pourrait faire un film à Oscar.

Encore une référence qui me parlait. Plus aucun doute, Samia et moi étions faites pour nous entendre. Chaque phrase qu'elle sortait tapait dans le mille.

  • C'est qui est moins drôle, c'est que ce connard a mêlé Charlotte à ça.

Puis de préciser à l'attention de notre nouvelle amie :

  • Charlotte c'est notre fille. Enfin surtout la mienne vu le peu que son géniteur s'en occupe.

Et de reprendre après m'être allumée une deuxième clope, signe de mon agacement profond :

  • Sauf que ce fils de chienne raconte à qui veut l'entendre que s'il se sacrifie pour rester avec moi, c'est pour elle. Pour ne pas la priver de son « père ». Car je ne suis jamais là, je bosse trop, je ne suis pas assez à la maison et j'en passe...

Voyant que j'allais terminer ma cigarette en quelques secondes à force de tirer dessus comme une malade, Sonia prit la parole afin que j'essaye de me calmer :

  • Et je peux te dire, mais tu l'auras deviné, que Roxy est tout le contraire du tableau dressé par Dimitri, expliqua-t-elle à Samia. C'est une maman que toutes les petites filles du monde aimeraient avoir.
  • Je m'en doute, pas de souci.
  • Le seul truc vrai c'est qu'il est sûr que Dimitri est plus souvent à la maison que moi, repris-je toujours aussi énervée. A tel point qu'il est en osmose avec le canapé. Ca ne l'empêche pas d'en avoir rien à foutre de sa progéniture. Charlotte connaît largement plus mon père et ma sœur que lui. Voire même plus son parrain…

Connaissant Sonia comme ma poche, je vis dans son regard et dans sa lèvre pincée qu'elle s'était retenue juste à temps de renchérir sur le fameux parrain, en l’occurrence Franck. Un geste salvateur qui aurait risqué, dans le cas contraire, de transformer mon énervement en crise de mélancolie, voire de larmes.

  • Et sinon, tiens-toi bien ma chérie, je le cite comme je l'ai capté quand ils se sont éloignés de la fenêtre, repris-je en laissant volontairement un blanc avant la suite afin de ménager un peu le suspens. Dimitri en a marre de se trimbaler « ce » boulet. Le « ce » étant à priori ma personne.
  • Mais non ?!?
  • Mais si ! Et cela a fait beaucoup rire les trois autres abrutis.
  • Et donc ? Les répandre façon puzzle dans tout Paris c'est prévu pour quand ? s'esclaffa ma voisine espagnole en montrant encore une fois sa maîtrise parfaite d’Audiard.
  • Je ne vais pas faire dans le brutal mais plutôt dans le vicieux, voire dans le sadique, rétorquai-je en essayant par mes modestes mots de rivaliser avec le maître du dialogue préalablement cité.

Je racontai aux filles que j'avais croisé le quatuor de blaireaux lorsque j'étais sortie des toilettes. Morts de rire, ils ne se doutaient pas une seconde que j'étais sur le point de mettre mes années de taekwondo et de muay thai à profit pour broyer les testicules du premier qui allait passer à portée de mon pied. Ils étaient tellement détendus que l'un d'eux, en l'occurrence JC, n'avait pas fait le moindre effort pour cacher son regard lubrique pendant qu'il dévorait des yeux ma poitrine qui ballotait exagérément sous l'effet de mon pas énervé.

Cette attitude désinvolte avait agi comme un déclic dans mon esprit. Mon coup de pied presque armé, je m’étais ravisée et m’arrêtai net devant eux, un sourire à peine forcé aux lèvres. En fait, si j'en avais émasculé un ou deux, c'est moi qui serais passée pour l'hystérique de service, donnant par la même raison à Dimitri vis à vis de ses soi-disant potes. Au lieu de cela, une flatterie bien placée allait être plus mortelle que n'importe quel middle kick :

  • Putain c'est vrai ce que me disait Sonia tout à l'heure. On dirait que tu t'es mis au sport, non ? Ça te va super bien, complimentai-je JC en dissimulant mon hypocrisie derrière le masque d'une actrice au jeu parfaitement maîtrisé.
  • Euh... Merci... Ouais un peu de muscu et de course...

Afin d'accentuer le trouble suscité par mon intervention inattendue, je posai ma main sur son avant-bras et laissai mes doigts s'y promener quelques instants. Comme je m'y attendais, même s'il montrait un profond étonnement face à mon geste, il ne s'y soustrayait nullement. Une absence de réaction qui venait de signer son arrêt de mort. Sans qu’il ne s’en rende encore compte…

 

 

 

Informées de mon plan machiavélique, les filles ne croyaient pas en sa réussite. Comme le disait Samia, entre reluquer comme un gros porc et passer à l'acte, il y avait un monde à franchir. Pourtant elles ne ménagèrent pas leurs efforts afin de m'aider à le concrétiser. Plusieurs fois, grâce à leurs initiatives diverses et variées, je me retrouvai isolée avec ma proie. Effleurements, rires nerveux, regards tendancieux ou encore provocations verbales à double sens, j'utilisai tout l'arsenal de l'allumeuse professionnelle. Par quelques mouvements à la maladresse toute relative, je lui laissai même apercevoir dans mon décolleté une partie de ce à quoi il pourrait prétendre avec un peu de bonne volonté. Et au bout d'une grosse heure de ce traitement savamment dosé, Samia due bien se rendre à l'évidence :

  • Ok... J'y croyais pas mais là j'avoue : il est à point.
  • Je pense aussi, lui confirmai-je avec un petit sourire victorieux. Le souci maintenant c'est d'arriver à ce qu'on se retrouve vraiment seuls tous les deux.

Mais alors que nous réfléchissions à un moyen d'y parvenir, nous fûmes surprises de voir JC approcher de notre trio.

  • Dis Roxanne, t'aurais pas une cigarette à me dépanner ? Je suis à sec.

Soirée d'anniversaire organisée de longue date... Nous avions tous prévu de rester dormir... Et le mec tombe en rade de clopes alors qu’il n’était même pas dix heures du soir ? Mais bien sûr ! Tout fumeur qui se respecte aurait préparé son stock en conséquence, vous pouvez croire l’ancienne fumeuse que j’étais à l’époque.

  • Pas là mais j'en ai d'autres dans la voiture. Tu m'accompagnes et on s'en grille une ? répondis-je en rivant mon regard au sien, lui signifiant de la sorte que j'avais parfaitement saisi le message.

Heureusement, Samia et Sonia parvinrent à contrôler un fou rire qui ne demandait qu'à exploser. Grâce à la retenue dont elles firent preuve, JC et moi réussîmes à nous éclipser sans attirer derrière nous quelques possibles intrus. Le temps de rejoindre la caisse, mon prétendant, toujours aussi discret qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine, marchait un pas derrière moi sans quitter mon cul des yeux.

  • Vu ce qu'on s'apprête à faire tu peux toucher, lançai-je en remuant mon postérieur.

Les derniers doutes éventuels quant à mes intentions ainsi dissipés, JC ne perdit pas une seconde pour prendre au pied de la lettre ma proposition. Et s'il pouvait être sûr depuis un moment que je ne portais pas de soutien-gorge, sa main découvrit bientôt que je n'avais pas plus de culotte.

  • Tu sais que ça fait un moment que tu m'excites Roxanne, grommela-t-il tout en cherchant maladroitement du doigt mon sexe désespérément sec.
  • Fallait tenter ta chance plus tôt alors mon chat.
  • A priori c'est clair que j'aurais dû. Mais Dim nous a toujours dit que tu n'étais pas très attirée par ce genre de chose.
  • Ah oui ? Tu m'en diras tant, fis-je en feignant d'être outrée. Comme quoi il ne faut pas croire les conneries qu'il raconte.

A peine arrivés à destination, JC profita qu'on soit hors de vue pour me plaquer contre la voiture. Il chercha à m'embrasser mais abdiqua rapidement devant mes refus répétés. Pas que je sois du genre à revendiquer le principe à la con qui veut qu'on n'embrasse pas ses amants, mais je n'étais pas là pour ça. Une fois n'étant pas coutume, je ne comptais même pas prendre du plaisir et m'y attendais encore moins.

  • T'as des capotes ma belle ? s'inquiéta le propriétaire des grosses mains qui me malaxaient grossièrement les seins.
  • T'inquiètes. J'ai tout ce qu'il faut. Ce ne sera pas la première fois que ton ami à les cornes…

J'insistai exprès sur le mot « ami » pour voir si une pointe de culpabilité apparaissait sur le visage de JC mais non, pas la moindre. Bien au contraire, il se saisit sans scrupule du préservatif encore emballé que je venais de sortir de mon sac. Peut-être s'attendait-il à ce que je l'aide, voire à ce que je le suce, ce qui aurait été le cas si j'avais été excitée. Un peu décontenancé par mon attitude contrastant avec la façon dont je l'avais allumé, il marqua un temps d'arrêt tandis que je lui tournai le dos pour lui présenter ma croupe. Relever le bas de ma robe et me pencher en avant en attendant de me faire pénétrer, je lui offrais vraiment le service minimum. De crainte qu'il se doute du plan que j'étais en train de lui monter et finisse par se barrer, je simulai une pulsion incontrôlable expliquant mon comportement.

  • Putain j'ai trop envie que tu me baises ! Viens JC ! Prends-moi ! J'en peux plus !

Rien de plus facile que de persuader quelqu'un d'une fausse vérité quand celle-ci est ce qu'il a envie d'entendre. Cela marche encore mieux avec les mono neurones, et j'en avais un beau spécimen dans mon dos. En revanche, c'est vrai que je devais lui faire de l'effet car c'est raide comme la justice que sa queue se présenta à l'entrée de ma chatte.

Aucun changement de rythme, les mains accrochées à mes hanches sans espoir qu'elles bougent, même ses mots étaient d'un horrible classicisme. Si je n'attendais rien de JC en tant qu'amant, en ce sens, je ne fus pas déçue. Parti comme il était, il irait au bout quoiqu'il arrive. Plus besoin de me forcer à simuler, ce fut au moins ça de gagné. Son affaire faite, je me contentai de récupérer la capote usagée en lui promettant de la faire disparaître. Au lieu de cela, une fois qu'il répartit, fier de lui, vers la maison, je fis un nœud au préservatif et le glissai dans mon sac.

De retour dans le salon, je rejoignis Sonia et Samia devant la table faisant office le buffet de fortune. Un simple petit sourire suffit à leur faire comprendre que mon plan avait été couronné de succès. Ce que je n'avais pas anticipé en revanche, c'était que l'amitié existant soi-disant entre les garçons était encore plus vérolée que je ne le pensais. Julien, la vedette de la soirée, en fit la plus parfaite démonstration quand il vint m'aborder :

  • La cigarette était bonne ?

Le rictus qui accompagnait sa question à l'innocence de façade laissait peu de place à l'interprétation. A première vue JC n'avait pas perdu de temps pour se vanter de ses prouesses toutes relatives. Moi qui venais d'annoncer aux filles que le gâteau d'anniversaire risquait d'être mal digéré par certaines personnes ici présentes, me voilà en train d'imaginer provoquer un séisme d’une amplitude encore plus dévastatrice. Comprenant ce que j'avais en tête, Sonia se mit à rire avant même que je réponde :

  • Mouais... Manque de saveur… Se consume très vite. J'ai dû me faire refiler des clopes frelatées.
  • Ah bon ? Pourtant JC m'a dit qu'elles étaient excellentes au contraire.

 

En gros lourd qui se respecte, Julien appuya ses paroles d'un clin d'œil digne d'un mauvais De Funes.

  • C'est le problème avec la contrebande. Les lots sont très inégaux. Faut croire que je n'ai pas eu de chance, continuai-je sur le même registre. Mais bon, t'as peut-être mieux à proposer ?
  • Certainement. Une fille comme toi ça apprécie le haut de gamme.

Si ma voisine de gauche faisait mine de ne rien entendre et jouait avec son portable, celle de droite, en l'occurrence Samia, resta baba devant tant d'arrogance.

  • Attention, tu me vends du rêve là. Faut assurer derrière.
  • Dans le bureau de mon daron il y a une boîte de gros cigares cubains... Et un divan très confortable. Quand ça sera un peu plus tranquille, je peux te faire goûter à ce qu'il y a de meilleur si ça te tente.
  • Comment c'est le prénom de ta meuf déjà ? demanda alors Sonia sans même lever les yeux de son écran. Ah oui ! Delphine.

Sur l'instant j'hésitai entre lui en vouloir de me faire foirer mon plan ou la féliciter pour la précision chirurgicale de son coup de fusil. Julien, lui, se figea un moment avant de s'éloigner tout penaud.

  • Sérieux, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. Vous ne les trouvez pas à gerber les quatre ? se justifia-t-elle en voyant ma grimace.
  • Si, justement. Et c'est bien pour ça que tu ne m'aides pas.
  • Ouais mais c'était excellent ! la soutint Samia d'une tape dans la main.
  • J'avoue, c'était pas mal, ricanai-je finalement.

Il fallut cependant que je sorte les rames pour rattraper les dégâts occasionnés par l'avertissement à peine déguisé de Sonia. Julien s'ingénia à nous éviter dès qu'il nous voyait toutes les trois. Moi qui espérais passer le moins de temps possible en ce lieu, je dus me résoudre à repousser l'heure prévue de la déflagration. Et ce ne fut qu'en fin de soirée que j'arrivai à coincer ma proie en tête à tête dans la cuisine.

  • Ben alors mon chat... On me fait des propositions indécentes et après on m'évite ?
  • Non, je ne t'évite pas. C'est juste qu'il ne faudrait pas que ta copine déconne, me dit-il sur un ton peu assuré.
  • T'inquiète, elle n'est pas obligée de le savoir non plus. Et tu es plus intelligent que ton pote je pense. Tu ne vas pas aller le crier sur tous les toits si on passe un moment tous les deux, non ?

Bien plus grand que moi, Julien succomba quand j'avançai vers lui. Véritable piège dans lequel les hommes de peu de foi tombaient sans peine, le décolleté de ma robe l'hypnotisa. Il lui provoqua le même effet auquel n'avait pas résisté JC.

  • Co... Comment on fait ? bafouilla-t-il le regard vitreux perdu entre mes seins.
  • T'as qu'à m'envoyer un message une fois que Delphine est endormie. Je te rejoindrai dans le bureau de ton père.

Nous fûmes interrompus par Pauline et Carl venant chercher du ravitaillement.

  • Ouais... Bon... On fait comme ça Roxanne... Je te le dirai si j'ai besoin de clopes. Merci d'avance...

Pas très évolué, mais efficace. L'alcoolémie commençant à faire son œuvre, les deux intrus n'y virent que du feu et nous repartîmes chacun de notre côté. Bien entendu, contrairement à ma promesse de ne rien dire à mes deux complices, je leur narrai mon entrevue avec Julien sans oublier le moindre détail. A tel point que le moment d'aller se coucher venu, elles insistèrent pour que je vienne partager la chambre qui leur était attribuée. Trop content d'avoir un grand lit pour lui tout seul, Dimitri n'y vit aucune opposition.

  • Ca va être goudou land là-dedans, entendit-on siffler derrière nous.

Sonia et moi eûmes alors le même réflexe. Sans avoir besoin de nous concerter, chacune colla une main sur le cul de l'autre au moment de prendre congés. Les deux pétasses frustrées qui affichaient sans vergogne leur homophobie et leur mépris auraient ainsi de quoi baver sur notre compte. Mais elles ne perdaient rien pour attendre...

Aucune de nous n'ayant spécialement envie de dormir, nous en profitâmes pour continuer à nous découvrir à coups d'anecdotes narrées sans filtre. Et ce fut au moment où je contais l'une de mes nombreuses aventures avec Servane que le SMS de Julien arriva :

  • C'est bon Roxy. Delphine est endormie. Je t'attends dans le bureau. J'ai grave envie de toi.

Sonia me fit remarquer, à raison, que ce simple message suffirait à faire plonger Julien en même temps que JC. J'avoue que je faillis presque me plier à son argument et faire la morte. Mais en adepte du travail bien fait, je me résignai à répondre que j'arrivai. Grand bien me prit.

Certes Julien ne montra aucune forme de scrupules à l'idée de tromper sa meuf ou de trahir son meilleur ami mais, contrairement à ce que son attitude générale avait laissé entendre, il dénota par la prévenance dont il fit preuve à mon égard dès que je refermai la porte derrière moi.

  • Assieds-toi, je t'en prie Roxanne, m'invita-t-il en m'indiquant le divan style Renaissance dont il m'avait vanté les mérites plus tôt dans la soirée. Tu veux boire quelque-chose ? Mon père planque du super whisky dans la bibliothèque.
  • Non merci. Si tu venais me rejoindre au lieu de ça qu'on...

Qu'on en finisse pensai-je très fortement. Heureusement j'arrivai à retenir ces deux mots, laissant en suspend la fin de ma phrase. Julien prit cela pour l'invitation qu'il attendait et s'approcha tout près de moi. Mais alors que je me préparai à sortir une capote de mon sac, simple préambule avant d'écarter les cuisses pour me faire baiser, il me surprit en s'agenouillant. Délicatement il posa ses mains sur l'intérieur de mes genoux et me fit ouvrir les jambes.

  • Excuse-moi Roxanne... Je peux te retirer tes chaussures ? me demanda-t-il presque confus. Les talons aiguilles sur le cuir ça risque de faire des dégâts.
  • Heu... Non... Enfin oui... Pas de souci...

J'étais désarçonnée, je le confesse bien volontiers. Toujours avec une infinie délicatesse, il me replia les jambes en faisant reposer mes pieds nus sur le rebord du sofa. Le silence de cathédrale qui régnait dans la maison endormie accentuait une atmosphère de plus en plus pesante. Julien avança son visage vers mon sexe. Sans que je m'en rende compte une boule s'était formée dans mon ventre qui, dès le premier coup de langue effleurant mon bourgeon de femme, explosa en milliers de répliques dans tout mon être.

La lèvre inférieure pincée entre les dents, je tentai de cacher le plaisir que me procurait mon amant. Peine perdue. Julien, pas avare d'efforts, s'appliqua à m'arracher soupirs et gémissements sans que je puisse les contrôler. Pire encore, ma main posée sur le haut de son crâne l'empêchait de rompre le contact entre sa bouche et mon abricot.

  • Hannn oui... Oui Julien ! Continue ! ahanai-je le souffle de plus en plus court. T'arrête pas... Tu... Tu vas me faire jouir !

Prenant, à raison, mes paroles pour des encouragements, celui que je découvrais sous un jour inattendu se mit à titiller frénétiquement mon clitoris de sa langue dardée. Et comme pour s'assurer que je ne redescende pas du nuage sur lequel j'étais perchée, il enfonça deux doigts dans mon fourreau détrempé. Légèrement courbés, leur pulpe cibla mon point G, ce jusqu'à ce que je demande grâce.

  • Hooooo ouiiii ! Ouiiii ! Je... Je viiiiiieeens, éructai-je en essayant tant bien que mal de ne pas hurler.

Tout en douceur, Julien abandonna mon sexe rendu ultra-sensible par la force mon orgasme. Il se redressa et s'assit à mes côtés. Presque naturellement, sans forcer la chose, il chercha à m'embrasser. Et ce fut tout aussi naturellement, sans me forcer, que je répondis favorablement à son approche.

  • Finalement je vais peut-être le prendre ce verre, lui murmurai-je entre deux baisers. Juste le temps de récupérer et je m'occupe de toi...

Je profitai qu'il fasse le service pour ôter ma robe. Devant ma nudité, Julien marqua un temps d'arrêt contemplatif.

  • Je te trouve trop belle Roxanne.
  • Je vois ça, rétorquai-je en lui faisant remarquer la bosse qui déformait son pantalon de ville version slim.

Les verres posés sur la table basse en bois sculpté restèrent intacts. Nous n'y touchâmes même pas. Au lieu de cela je me fis un devoir de rendre à mon amant le plaisir qu'il venait de me procurer. Le temps d'un baiser durant lequel il libéra son sexe à l'érection massive, et me voilà à quatre pattes sur le canapé prête à le prendre en bouche. Son état d'excitation semblait tellement avancé que je préparai d'avance un préservatif que je gardai en main.

Pas besoin de cette horrible protection de latex pour une fellation, cela nous aurait gâché une partie du plaisir. Tout en douceur ma langue s'enroula autour de son gland suintant de ce nectar translucide et poisseux que j'aime tant. Un vrai régal pour mes papilles avisées. Accompagnant cette caresse de velours d'une lente masturbation qui le décalottait au maximum à chaque aller-retour, Julien, les bras écartés sur le dossier du sofa, ne faisait plus mystère de son bien-être.

  • Mon dieu... Hannn... C'est merveilleux... Oui... Hooo oui comme ça, gémit-il alors que ma langue venait concentrer ses efforts sur son frein.

Quand mais lèvres se refermèrent sur sa hampe gorgée de sang pour l'aspirer, Julien montra les premiers signes d'une explosion proche. En d'autres circonstances je l'aurais bien emmené au bout en me régalant de son sperme, mais je n'oubliai pas la raison de ma présence. J'habillai alors délicatement son sexe de son habit de plastique et vint m'empaler dessus. Déjà comblée par un orgasme inespéré quelques minutes plus tôt, je n'en voulu pas à mon amant de succomber trop tôt à la douceur veloutée de mon vagin. Le résultat ne se fit pas attente, surtout que j'y ajoutai quelques savantes contractions.

  • Hannn... Hannnnn... Je viens... J'éjacule !

Sur le moment j'eus des scrupules à récupérer le préservatif comme je l'avais fait avec JC. Après tout, non seulement Julien s'était révélé comme un amant tout à fait convenable, mais il avait fait preuve en plus d’une personnalité que je ne lui soupçonnais pas. Certainement victime du célèbre effet de groupe, seul, Julien semblait être un parfait gentleman. Il faillit du coup éviter le piège prêt à se refermer sur lui. Sauf qu'il se sentit obligé d'ouvrir sa gueule :

  • Sinon ? Je suis au sommet de ton top trois j'espère ?

Scotchée par cette question tellement en contradiction avec ce qu’il venait de me montrer, je restai muette. La déception était aussi violente que la surprise avait été bonne. Et il continua à creuser le fond de la piscine :

  • JC et Dim ne sont pas au niveau, je l’ai toujours dit, gloussa-t-il avec un petit air stupide lui allant finalement si bien.

Julien venait de sceller son destin. Il vida seul les deux whiskies préalablement servis tandis que je regagnai ma chambre. Bien entendu je racontai tout à Samia et à Sonia qui n'en crurent pas leurs oreilles. Dans un sens comme dans l'autre.

Après avoir un minimum préparé le déroulement de la matinée et ses conséquences, nous nous endormîmes vers 4h00. Impatiente de régler mes comptes avec tout ce petit groupe, je mis un peu plus de temps que mes deux compères à trouver le sommeil et fut la première à me réveiller à peine trois heures plus tard.

  • Vous êtes prêtes les filles ? demandai-je à mes deux amies, surprises de me voir déjà habillée avec la tenue de rechange que j’avais apportée.
  • Ah ouais… Donc on a même pas le temps de leur escroquer un café avant que tu les pulvérises, ricana Sonia, le regard encore embrumé.
  • Je vous paye le p’tit dej sur St Michel. Tu te joins à nous Samia ?
  • Avec plaisir, me sourit-elle. Surtout qu’après ce que tu as prévu, je pense que je risque de finir à pied.

J’attendis que mes deux acolytes passent par la salle de bain pour se rafraichir un peu.

  • Vous avez le temps de vous habiller tranquillement les filles. Je vais faire durer le plaisir.
  • On en a pas pour longtemps. On te rejoint en bas.
  • Chope-moi quand même un croissant si t’as l’occasion, me demanda Sonia. J’ai trop la dalle.
  • Je vais essayer mais je ne te promets rien ma chérie. Pas sûre qu’ils me laissent approcher des victuailles, gloussai-je en quittant la chambre.

Je trouvai l’ensemble de mes cibles assises autour de la grande table de la salle à manger. Dès mon arrivée, Dimitri dû percevoir quelque chose dans mon expression qui lui mit la puce à l'oreille. Le rictus qui se dessinait sur son visage le trahissait. Le fait que je sois déjà prête à partir, le sac sur l’épaule, avait dû l’alerter.

  • Salut Roxy, m'accueillit une Delphine enjouée qui, elle, n’avait rien capté. Bien dormi ?
  • Peu mais bien...

Je restai quelques secondes à contempler le tableau. Je savourai l'instant en me remémorant la conversation que j'avais surpris la veille. Chaque mot me revint à l'esprit tandis que je restai là, debout, sans bouger, les mains croisées dans le dos. Dès que j'allais les décroiser, plus rien ne serait pareil. Leur petit monde allait s'effondrer et moi, j’allais libérer le mien. Il était temps... Temps qu'un silence au goût de stupeur se fasse en voyant ce que je tenais entre mes doigts.

  • Tenez les garçons, vous avez oublié ça hier, lançai-je en exposant à l'assistance les deux préservatifs remplis de sperme que je pinçai entre mon pouce et mon index.

Puis faisant le tour de la table :

  • J'espère ne pas me tromper en rendant à César ce qui appartient à César, mais en principe celui-ci c'est le tien, fis-je en déposant la première capote juste devant le bol de Jean Charles. Et celui-ci, à toi...

Après avoir jeté la seconde dans le mug de Julien, je vins me poster dans le dos d'un Dimitri tétanisé afin de préparer ma sortie.

  • Pour toi, mon chéri, que dalle ! En même temps vu que tes couilles te servent juste de décoration...

Et, en guise de conclusion, rejointe par une Sonia venue se servir elle-même dans la panière à viennoiseries :

  • Sur ce, je vous laisse régler vos comptes les amis. Pour ma part j'ai beaucoup plus intéressant à faire.

Je me tournai vers ma belle espagnole en la fixant d'un regard brûlant de désir :

  • En l'occurrence te bouffer la chatte, vu qu’à goudou land on paye toujours ses dettes !

Je pris Sonia par la main et l'attirai dans l’entrée. Nous prîmes congés de nos hôtes en laissant éclater un fou rire trop longtemps contenu. Voulant attendre d'être seules pour nous laisser aller à nos désirs saphiques, nous attendîmes d’être hors de vue pour nous embrasser. Pas besoin de rajouter une énième provocation à la crise qui se déroulait dans la pièce d’à côté. Nous ne comprenions pas tout, les voix se couvrant mutuellement, mais ça hurlait.

  • Le boulet vous salue bien, beuglai-je au moment de retrouver Samia qui nous attendait sur le perron.

Je ne sais s'ils comprirent, même s’ils entendirent, la référence à cette conversation que j'étais censée ne pas avoir entendue. Le règlement de compte allait sûrement se poursuivre une fois que nous serions parties mais je n’en avais plus rien à foutre. Avec des amis comme ils sont censés l'être les uns pour les autres, plus besoin d'ennemis. Et à propos d'amie :

  • Tu conduis, j'appelle Servane, éructa une Sonia passablement excitée. Si on ne lui raconte pas sur le champ ce que tu viens de faire, elle nous maudira sur plusieurs générations !

Sur ce point comme sur beaucoup d'autres, elle n'avait pas tort. Sa foufoune allait devoir attendre la fin du debrief exigé par notre Basque adorée avant d'obtenir son dû. Et il fut long car tous les détails furent exigés ! Mais tout vient à point à qui sais attendre, non ?

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